Voir sur la carte interactive
Château du Grand-Blottereau

Château du Grand-Blottereau

Boulevard Auguste-Péneau, Nantes

L'Envolée de l'Architecte

Le Château du Grand-Blottereau, érigé entre 1742 et 1747 pour le compte de l'armateur Gabriel Michel, directeur de la Compagnie des Indes, demeure une œuvre dont la paternité architecturale fut longtemps disputée, faute de documents irréfutables. On y discerne pourtant l'empreinte d'une période de transition stylistique. Si Jean-Baptiste Ceineray, alors trop jeune pour un projet d'une telle envergure, est souvent cité, l'influence de Jacques V Gabriel est manifeste, notamment par la similitude frappante avec l'hôtel des ventes de Lorient. L'évocation de Germain Boffrand, quant à elle, introduit la piste d'une sensibilité rocaille, contribuant à diffuser ce style dont le château serait l'un des rares témoins notables dans la région nantaise. Une connexion non négligeable puisque Michel était gentilhomme de la chambre de Stanislas Leszczynski, duc de Lorraine, où Boffrand oeuvra. L'édifice se présente comme un corps de logis principal, solidement ancré sur un soubassement de granit, ses murs s'élevant en pierre de Chauvigny et en tuffeau. Deux niveaux sous une haute toiture d'ardoise abritent les fonctions nobles, flanqués de galeries à claire-voie, chaque arcature menant à un pavillon en retour d'équerre. La symétrie rigoureuse des façades nord et sud, percées de sept baies à chaque niveau, est remarquable. Le rez-de-chaussée, accessible par un perron, expose des fenêtres ornées de mascarons figurant des personnages en clef de baie, tandis que l'étage supérieur, aux ouvertures plus modestes, arbore des coquillages et fleurs de lotus. Les variations subtiles sur les façades latérales, avec des fenêtres aveugles, attestent d'une composition réfléchie mais soucieuse des contraintes internes ou structurelles. À l'intérieur, malgré son inaccessibilité actuelle, la distribution des espaces évoque l'ordonnancement classique : un vaste vestibule pavé de marbre gris au nord, menant au salon de compagnie tourné vers les jardins, flanqué de chambres. L'escalier d'honneur, suspendu et voûté en pierre, constitue une prouesse technique notable, aboutissant à l'étage au grand salon, seule pièce traversante offrant une double exposition. L'histoire du Grand-Blottereau est aussi celle de ses propriétaires et de ses infortunes. Vendu par Michel, accaparé par d'autres investissements, il voit s'ajouter de vastes communs sous Guillaume Seigne. Mais c'est au XIXe siècle, sous l'égide de Thomas Dobrée, qu'il subit une véritable amputation. L'implantation de la ligne de chemin de fer de Tours à Saint-Nazaire, privant le château de sa vue sur la Loire, scella son sort en tant que potentielle résidence impériale pour Napoléon III, un détail que l'on ne peut qu'observer avec une certaine mélancolie. Dobrée, sans héritier, le légua à Hippolyte Durand-Gasselin, non sans imposer des conditions spécifiques lors de sa donation à la ville de Nantes en 1905 : un jardin exotique, un musée colonial et l'interdiction de servir d'habitation. Une injonction qui ne fut pas respectée, notamment lors de l'installation du musée au premier étage, dont l'inadéquation provoqua la dégradation des parquets et boiseries. Le XXe siècle ne fut pas plus clément : un hôpital militaire en 1917, suivi d'un incendie majeur qui détruisit la charpente, puis des réquisitions successives durant la Seconde Guerre mondiale par les Anglais, les Écossais, et les Allemands, qui y érigèrent même un blockhaus. Après la guerre, il offrit un refuge éphémère à 250 orphelins dans une maison de l'Enfance. Depuis, bien que des travaux extérieurs de sauvegarde aient été menés, le cœur de l'édifice demeure muré au public, attendant une affectation définitive qui semble se faire désirer. Un monument classé, figé dans une attente contemplative.