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Aqueduc Médicis: regardno10

Aqueduc Médicis: regardno10

Rue des Saussaies Avenue Léon-Blum, Cachan

L'Envolée de l'Architecte

L'approvisionnement en eau, éternel dilemme des cités opulentes, trouva au XVIIe siècle une réponse, à la fois pragmatique et empreinte d'une ambition toute royale, avec l'Aqueduc Médicis. Initié par les préoccupations d'Henri IV pour une rive gauche délaissée, le projet prit une nouvelle dimension sous Marie de Médicis, dont l'œil avisé percevait l'intérêt d'alimenter son futur Palais du Luxembourg de la sorte. Il n'est d'ailleurs pas sans saveur de constater qu'une médaille fut frappée dès 1614 à l'effigie de Gaston de Grieu, prévôt des marchands, pour commémorer l'amorce des travaux, signe précoce d'une communication d'ampleur pour un chantier aussi vital. Sous la houlette de Jean Coingt, puis de son gendre Jean Gobelain, l'ouvrage, mis en eau en 1623, incarna une prouesse technique notable, quoique souterraine pour l'essentiel, s'étirant sur près de treize kilomètres. Cette galerie souterraine, d'un mètre de large et d'1,75 mètre de hauteur, est une leçon d'ingénierie vernaculaire : voûte en plein cintre, murs en meulière et caillasse liés au mortier, chaînages de pierres de taille et une cunette de quarante centimètres assurant l'écoulement gravitaire, avec une pente moyenne de 1,4 mètre par kilomètre. Un témoignage discret de la science hydraulique de l'époque, qui préféra la discrétion d'un tracé invisible, non propriétaire du sol qu'il traversait, imposant de simples servitudes aux riverains. Les rares émergences de cette infrastructure sont les regards, édicules modestes servant à l'inspection, à l'oxygénation et à la décantation. Parmi eux, le Regard Louis XIII à Rungis ou la Maison du Fontainier à Paris – château d'eau et logis royal – constituaient des points névralgiques de gestion et de distribution, où le débit se monnayait en pouces d'eau. L'anecdote architecturale ne manque pas, avec le Regard no 25, dont l'esthétique s'inspire du mausolée de Cyrus, conférant une touche d'orientalisme à une fonctionnalité éminemment prosaïque. Ce n'est qu'au XIXe siècle que la partie parisienne, devenue obsolète face aux avancées techniques, fut en partie déclassée, ses conduits se muant parfois en simples caves, voire en macabres abris anti-aériens, illustration de l'adaptabilité prosaïque des infrastructures face à l'histoire. L'exception monumentale reste le pont-aqueduc d'Arcueil-Cachan. Cet ouvrage de Thomas Francine et Louis Métezeau, 379 mètres de long et près de 19 mètres de haut, enjambe la vallée de la Bièvre avec une série d'arcades en plein cintre, superposant son tracé à celui de l'aqueduc de Lutèce, un palimpseste architectural avant la lettre. Il sera lui-même flanqué, des siècles plus tard, par les piles de l'aqueduc de la Vanne, créant une superposition temporelle des solutions hydrauliques. Quant aux sources, si les eaux de Rungis furent jadis louées pour leur limpidité, l'implacable réalité de l'urbanisation des XXe et XXIe siècles, entre aéroport et marché international, a tari les captages originels. L'aqueduc est désormais alimenté par des sources annexes, son eau, jadis cristalline, ne pouvant plus prétendre à la consommation directe. L'Aqueduc Médicis demeure ainsi un témoignage éloquent des compromis, des évolutions et des continuités nécessaires à la survie hydrique d'une capitale, un objet d'étude plus qu'un sujet d'admiration naïve.