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Église Saint-Martin de Châtenay-en-France

Église Saint-Martin de Châtenay-en-France

Le Village, Châtenay-en-France

L'Envolée de l'Architecte

L'église Saint-Martin de Châtenay-en-France offre une curieuse illustration des contraintes et ambitions de l'architecture de la fin de l'Ancien Régime. Cet édifice néoclassique, classé monument historique depuis 1990, se présente comme l'œuvre d'un architecte de renom, Jacques Cellerier, dont le nom est plus volontiers associé aux scènes théâtrales et aux projets pittoresques, telle cette éléphantesque chimère de la Bastille, que l'on imagine volontiers loin des préoccupations pastorales. Sa genèse est d'ailleurs révélatrice : l'ancienne église, jugée vétuste et malcommode au milieu du XVIIIe siècle, fut reléguée aux oubliettes au profit d'une nouvelle construction, déplacée, ce qui est une occurrence assez rare pour être soulignée, en face de la résidence du prieur. Le choix de l'architecte, même s'il peut paraître singulier, ne fut pas dénué de finesse. Cellerier, contraint par un budget que l'on devine modeste, privilégia la sobriété et l'harmonie des proportions plutôt que l'opulence des matériaux.L'extérieur révèle un habile trompe-l'œil : l'enduit est gravé de lignes pour simuler un appareil de pierre de taille, dissimulant des moellons plus humbles. La façade occidentale, d'une simplicité rigoureuse, est animée par un porche peu saillant, soutenu par deux colonnes doriques nues, surmontées d'un fronton en arc de cercle. Cette composition purement néoclassique est couronnée par un clocher carré, dont la reconstruction en 1899 témoigne d'une certaine fragilité structurelle initiale. Les murs gouttereaux, parsemés d'oculi en demi-lune, reprennent ce langage formel, agrémenté de bossages rudimentaires et d'une corniche saillante, seule exubérance dans cette retenue générale.À l'intérieur, l'architecte parvient à créer un sentiment d'espace et de dignité. Le narthex, élément structurel essentiel pour supporter le clocher en dur, est subdivisé en travées et s'ouvre sur des chapelles aux absides hémicylindriques, dont la forme curviligne n'est nullement perceptible de l'extérieur – une astuce spatiale qui mérite d'être notée. La nef, dépourvue de bas-côtés, s'élève sous une voûte en berceau, conférant à l'ensemble une hauteur appréciable. Cellerier brise la monotonie des murs par des arcades en plein cintre simulées et une double corniche, dont l'une, dentelée, souligne la naissance de la voûte. L'effet est presque graphique, une sorte de dessin mural qui structure l'espace avec une élégance toute linéaire.Le mobilier, quant à lui, est un véritable palimpseste d'époques, témoignant de la continuité du culte. Le confessionnal Louis XV, par l'élégance de sa structure galbée et la richesse de ses motifs végétaux et symboliques, tel ce rinceau ajouré remplaçant la grille conventionnelle, est un spécimen remarquable. Les statues du XVIe siècle, Vierge à l'Enfant et Saint Jean-Baptiste, révèlent un art du drapé savant, bien que les visages puissent paraître d'une exécution moins accomplie. On retiendra l'anecdote de la dalle funéraire de Simon Le Cordier, curé décédé en 1644, qui fut transférée de l'ancienne à la nouvelle église, illustration du pragmatisme des édiles. Le tableau du maître-autel, Christ adoré par les anges, est une œuvre de Liébault, professeur à l'académie de Saint-Luc, qui s'inspira directement d'une composition de Charles Le Brun. L'église Saint-Martin de Châtenay-en-France, malgré sa modestie apparente et les vicissitudes de son usage, représente ainsi un bel exemple d'architecture néoclassique provinciale, alliant contraintes budgétaires et une indéniable recherche formelle.