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Café du Rhône

Café du Rhône

23 quai Augagneur, 3e arrondissement, Lyon

L'Envolée de l'Architecte

L'établissement sis au 23 quai Victor-Augagneur, connu sous le nom de Café du Rhône, ne révèle point d'emblée, par sa seule façade, la richesse intrinsèque qui lui a valu une inscription précoce aux monuments historiques. C'est en franchissant son seuil que l'on découvre une intention décorative d'une ambition certaine, caractéristique d'une époque où l'intérieur des lieux de sociabilité se concevait comme un manifeste. L'espace est intégralement habillé de boiseries, témoignant d'une facture artisanale soignée. Ces lambris ne sont pas de simples ornements ; ils encadrent avec une déférence calculée des céramiques peintes qui constituent le véritable cœur narratif du lieu. Ces panneaux de faïence, d'une exécution picturale méticuleuse, ne se contentent pas d'agrémenter le regard ; ils déploient un panorama de sites lyonnais emblématiques. On y discerne l'Île Barbe, la passerelle Saint-Georges, l'aqueduc du Gier, le pont de la Guillotière, et le Parc de la Tête d'Or. Cette évocation du territoire, transformée en une scénographie intérieure, manifeste une fierté civique et une certaine nostalgie, ou du moins une volonté de pérenniser une image idéalisée de la ville pour ses convives. Elle offre une dimension immersive, invitant le consommateur à une contemplation douce des paysages familiers, tout en étant confortablement installé. L'ornementation par les boiseries, denses et enveloppantes, crée une atmosphère de cocon, un contraste saisissant avec la vivacité parfois rugueuse des quais extérieurs. Le plein de la décoration absorbe le regard, ne laissant que peu de place au vide mural, orchestrant ainsi une expérience spatiale où le détail prime sur la sobriété. Ce parti pris esthétique, inscrit au patrimoine dès 1984 et labellisé Patrimoine du XXe siècle en 2003, est représentatif de ces grands cafés de la Belle Époque ou de l'entre-deux-guerres, où l'art décoratif n'était pas relégué aux seuls musées mais s'invitait au quotidien, transformant le simple acte de consommer en une expérience culturelle. Il faut y voir l'expression d'un certain éclectisme, où l'artisanat d'art, loin des ruptures modernistes les plus radicales, continuait de séduire une clientèle soucieuse d'élégance et de tradition. Ce type d'établissement, jadis florissant, servait de cénacle informel, de tribune où les nouvelles de la ville se chuchotaient, les affaires se concluaient et les esprits s'aiguisaient. Le Café du Rhône, par l'opulence de son décor et la pertinence de ses sujets peints, demeure un témoin éloquent de cette période faste des arts appliqués et de la vie sociale lyonnaise, un lieu où l'esthétique du confort rejoignait celle de la représentation urbaine, offrant, à qui sait l'apprécier, bien plus qu'une simple tasse de café.