9 place des Victoires, Paris 2e
L'éphémère destin des hôtels particuliers parisiens offre parfois des leçons d'une acuité particulière, et l'Hôtel de L'Hospital, rebaptisé tour à tour Pomponne puis Massiac, en est un exemple édifiant. Ce n'est pas tant pour sa splendeur originelle, vraisemblablement modeste pour un secrétaire du roi vers 1635, qu'il retient l'attention, mais pour sa capacité à incarner les inflexions successives de l'urbanisme et des mœurs. Une demeure, d'abord bâtie pour Marc-Antoine Acéré, passa ensuite entre les mains de François de L’Hospital, avant d’être cédée, sur fond de dettes, à Simon Arnauld de Pomponne. C'est à cet instant précis que son histoire bascule dans l'intérêt architectural. Nommé secrétaire d'État aux Affaires étrangères en 1671, Pomponne, soucieux de l'image de son rang, racheta l'édifice en 1673. Ce fut alors que Jules Hardouin-Mansart, l'architecte du roi, intervint. Loin d'une conception ex nihilo, le génie de Mansart se manifesta ici dans une adaptation pragmatique. Plutôt que de raser pour reconstruire un manifeste de son style, il œuvra à remodeler l'existant, une pratique courante, dictée souvent par des impératifs de coûts et de délais. La transformation du quartier avec la création de la Place des Victoires en 1685 est une anecdote révélatrice de son ingéniosité. Plutôt que d'obliger l'hôtel à se plier à une composition rigide, Mansart dessina une place en forme d'oméga (Ω), une solution audacieuse permettant d'intégrer et de valoriser l'édifice préexistant, témoignant d'une dialectique constante entre la composition urbaine idéale et la réalité bâtie. L'hôtel, initialement à l'angle de rues modestes, se retrouva soudainement au cœur d'une scénographie royale, son ordonnancement ajusté pour dialoguer avec la nouvelle place. Au fil du XVIIIe siècle, l'Hôtel de Massiac continua de refléter les soubresauts de l'histoire. Il fut le siège, en 1789, du tristement célèbre Club Massiac, réunissant les colons esclavagistes pour défendre leurs intérêts, une tache indélébile dans son histoire sociale et politique. Puis, l'édifice connut une métamorphose typique de l'ère révolutionnaire et impériale : d'aristocratique demeure, il devint un lieu d'affaires, abritant la Caisse des comptes courants avant de devenir, ironie du sort pour un ancien symbole de la finance de l'Ancien Régime, le premier siège de la Banque de France. Cette transition d'un espace privé ostentatoire à une institution financière publique illustre parfaitement l'évolution des centres de pouvoir et des usages urbains. Son destin fut finalement scellé en 1883. Le percement de la rue Étienne-Marcel, sous l'égide des grands travaux haussmanniens, sonna le glas de cet hôtel aux multiples vies. Il fut rasé, et à sa place s'éleva un immeuble haussmannien de Henri Blondel, qui, comble du paradoxe, est aujourd'hui inscrit au titre des monuments historiques depuis 1928, honorant non pas la mémoire d'un hôtel dont le tracé fut contraint par un Mansart pragmatique, mais celle d'une façade banale, emblématique d'une époque qui n'hésitait pas à effacer le passé pour mieux célébrer sa propre modernité.