Genainville
Le site de Genainville, lové dans les Vaux-de-la-Celle, offre un aperçu éloquent, bien que fragmentaire, de l'organisation cultuelle et sociale gallo-romaine. Découvert fortuitement en 1935 par l'architecte Pierre Orième, qui y identifia d'abord un 'pavillon', l'ensemble révèle une ambition monumentale certaine, érigée au mitan du IIe siècle, pour un abandon précoce dès la seconde moitié du IIIe siècle, symptôme des turbulences d'alors. Ce n'est pas sans une certaine ironie que l'on observe la destinée de ces vestiges, menacés par la nappe phréatique qui, à l'origine, a pu alimenter son nymphée. L'édifice principal est un temple de plan carré de vingt-huit mètres de côté, remarquable par sa configuration à double cella. Cette disposition, atypique pour un lieu de culte romain standard, suggère une dédicace synchrétique, probablement à Mercure et à sa compagne gauloise Rosmerta, marquant l'intégration des divinités indigènes au panthéon romain. Les matériaux, briques et pierres, dont certaines conservent des traces de polychromie, attestent d'une esthétique colorée, loin de l'image austère souvent associée aux ruines. Adossé à la déclivité naturelle du coteau, le théâtre, un demi-amphithéâtre de cent-dix mètres de diamètre, pouvait accueillir une foule considérable, jusqu'à dix mille spectateurs, soulignant l'importance du site comme centre de rassemblement. Cet agencement tire parti du relief environnant, une intelligente mise en scène du paysage naturel au service de l'architecture et du culte. Une voie sacrée, large de huit mètres et longue de trente-cinq, pavée de dalles massives, guidait les fidèles vers l'entrée du temple, instaurant une procession solennelle. La présence du nymphée, avec son bassin principal et ses annexes, ancré au mur du temple, souligne l'importance rituelle de l'eau, élément purificateur et fécondant. L'effort archéologique, initié par Orième et poursuivi de manière systématique par Pierre-Henri Mitard dès les années 1960, a permis de reconstituer l'étendue de cet ensemble. Les pièces sculpturales et architectoniques, précieusement conservées au musée de Guiry-en-Vexin, telles que des chapiteaux et fragments de statues, offrent un témoignage matériel de la richesse décorative. Le site, inscrit dans le Parc naturel régional du Vexin français, continue de faire l'objet de recherches, illustrant une persévérance qui honore ce qui fut, pour les Véliocasses, un conciliabulum majeur. Ce vestige, bien que modeste en son état actuel, révèle une civilisation où l'architecture et la topographie s'épousaient dans un dessein sacré et civique, dont les compromis financiers et les influences culturelles se lisent encore dans chaque pierre exposée.