4 rue Rapin, Tours
La Maison canoniale de Saint-Martin, édifiée au XIIIe siècle, n'est pas sans intérêt pour qui se penche sur l'habitat clérical médiéval à Tours. Située dans l'ancienne Châteauneuf, cet ensemble urbain qui s'est progressivement agrégé autour du tombeau de saint Martin, elle témoigne d'une organisation territoriale où l'espace méridional, au sud de la collégiale, était précisément dévolu aux chanoines dès le Xe siècle. Sa fonction, celle de logement pour ces dignitaires ecclésiastiques, fut maintenue avec une certaine constance jusqu'aux bouleversements révolutionnaires. Confisquée comme bien national, elle fut aliénée en 1791, basculant ainsi d'un usage sacré à une propriété privée, avant de susciter l'attention des érudits du XIXe siècle, soucieux de reconstituer la trame urbaine médiévale. Observons la façade nord, construite en moyen appareil de tuffeau, ce calcaire tendre et lumineux si caractéristique de la Touraine. Elle présente des éléments d'une certaine élégance, notamment ces deux doubles fenêtres à arc trilobé, surmontées d'un arc de décharge en plein cintre. Cette composition, mêlant la sophistication du lobé à la robustesse du cintre, évoque une période de transition stylistique où les formes romanes tardives se teintent de touches plus fines, préfigurant peut-être une influence gothique naissante sans en adopter la verticalité élancée. La porte en arc brisé, qui fut un temps remplacée par une ouverture rectangulaire au début du XXe siècle, a fort heureusement retrouvé sa configuration originelle, grâce à un travail de restitution qui, s'il n'est pas toujours exempt de l'interprétation de son époque, a ici rétabli une cohérence formelle. La charpente et la couverture, quant à elles, furent remaniées aux XVIIe ou XVIIIe siècles, révélant les adaptations successives de l'édifice aux nécessités et aux goûts des époques ultérieures, une pratique courante pour tout bâti à longue histoire. Cette maison, d'une échelle résolument domestique pour un dignitaire, offre une illustration sobre des demeures canoniales, dépourvue d'ostentation, mais non sans une certaine dignité dans ses détails. Elle ne cherche pas l'éclat des grandes abbayes ni la richesse des hôtels particuliers princiers, mais plutôt une contenance appropriée à la fonction de son occupant. Il est d'ailleurs curieux de constater qu'aujourd'hui, loin des prières et des études théologiques, elle abrite le service informatique et une partie des chercheurs du Centre d'Études Supérieures de la Renaissance, conférant une nouvelle forme de permanence intellectuelle à ses murs anciens. Cette reconversion, loin de dénaturer le lieu, lui offre une continuité inattendue dans son rôle de foyer de savoir, certes sous des auspices bien différents de ceux de ses premiers occupants. L'inscription partielle au titre des monuments historiques en 1946 a d'ailleurs entériné l'intérêt patrimonial de cette discrète, mais significative, pièce de l'histoire architecturale tourangelle.