6 place d'Iéna, Paris 16e
L'édifice qui abrite aujourd'hui le Musée Guimet, œuvre de Charles Terrier, fut érigé entre 1888 et 1889, non sans une certaine économie d'invention. Sa conception parisienne reprenait, avec une fidélité notoire, les plans du musée que l'industriel Émile Guimet avait déjà fait construire à Lyon. Un pragmatisme, sans doute, dans l'articulation des volumes, qui privilégiait la fonctionnalité de l'écrin au détriment d'une expression architecturale audacieuse, bien que sa façade et ses toitures soient aujourd'hui reconnues pour leur valeur patrimoniale. Ce bâtiment, initialement voué aux « Religions », témoignait de la vaste ambition comparative de son fondateur, un érudit lyonnais dont les voyages en Égypte, en Orient et en Extrême-Orient avaient nourri une collection considérable. Guimet, inspiré par la muséographie du musée de Boulaq, déplaça ses trésors asiatiques vers la capitale, marquant ainsi une spécialisation progressive. L'institution, depuis, a connu diverses phases, dont une restructuration majeure par Henri et Bruno Gaudin entre 1994 et 2001, adaptant l'espace à une présentation plus contemporaine de ses collections. Elle absorba également des fonds significatifs, comme ceux issus du musée indochinois du Trocadéro ou, plus tardivement, une partie des collections asiatiques du Louvre, consolidant son statut de référence mondiale. Le parcours muséographique déploie une richesse peu commune, de la statuaire khmère de l'Asie du Sud-Est, où l'on admire des fragments du porche de Banteay Srei, aux vestiges archéologiques indiens témoignant des relations commerciales antiques. L'Inde est ici évoquée par la profusion des écoles de statuaire bouddhiste, brahmanique et jaïne, dont l'art du Gandhâra est un exemple saisissant d'hybridité culturelle. La collection chinoise, avec ses vingt mille œuvres couvrant sept millénaires – des céramiques néolithiques aux porcelaines Qing – illustre l'approche scientifique privilégiée par des figures comme Édouard Chavannes et Victor Segalen, se distinguant de l'engouement passager pour les chinoiseries. Il convient de souligner l'apport de la collection Riboud, une entreprise passionnée initiée par Krishnâ Riboud, issue de l'illustre famille Tagore. Son travail, mené avec une rigueur d'historienne et de technicienne, a permis de constituer l'un des plus beaux ensembles de textiles asiatiques au monde, dont les pièces, tour à tour exposées dans la galerie Jean et Krishnâ Riboud, illustrent la sophistication des savoir-faire et des échanges culturels du continent. Cet exemple emblématique, né d'une donation généreuse et d'une recherche érudite, incarne l'enrichissement continu des fonds. Les étages supérieurs poursuivent cette exploration : de l'Asie centrale, avec des pièces de la mission Paul Pelliot miraculeusement conservées par le climat désertique, à l'Afghanistan et au Pakistan, où le trésor de Begrâm révèle l'ampleur des routes commerciales antiques. La collection himalayenne, quant à elle, enrichie par des dons comme celui de Lionel Fournier, est devenue l'une des plus complètes au monde pour l'art tibétain. Une bibliothèque-musée, nichée dans une rotonde, et d'importantes archives photographiques complètent ce tableau, offrant un regard précieux sur l'Asie du XIXe siècle et les débuts de l'archéologie française. Cependant, cette institution érudite n'échappe pas aux turbulences contemporaines. La récente controverse autour du renommage des salles « Népal - Tibet » en « Monde himalayen » et l'emploi du terme « Tubo » pour désigner le Tibet, a mis en lumière les pressions politiques et les délicats équilibres de la représentation muséale. Une affaire qui, au-delà des arguments culturels et scientifiques avancés, révèle la fragilité des interprétations historiques et l'impact des géopolitiques sur l'héritage universel.