30 rue Descartes, Paris 5e
Le pavillon du duc d'Orléans, aujourd'hui discrètement désigné comme presbytère de l'église Saint-Étienne-du-Mont, est un témoignage architectural dont la modestie apparente dissimule une histoire complexe et une singularité stylistique certaine. Érigé entre 1746 et 1747 pour Louis d'Orléans, ce prince dont la piété rigoriste n'avait d'égale que sa curiosité scientifique, l'édifice originel relevait de cette typologie classique de l'hôtel particulier parisien, s'inscrivant « entre cour et jardin ». Louis le Pieux, fils du Régent, y cultivait un univers intellectuel singulier, abritant une riche bibliothèque, un laboratoire de chimie pour ses expériences d'alchimie douce, et des cabinets d'histoire naturelle, de pierres gravées et de médailles, sans oublier un jardin dévolu aux plantes médicinales exotiques. C'était là un repli savant, loin des fastes souvent décriés de la cour. Son architecture, qualifiée de sobre, voire d'anachronique pour le milieu du XVIIIe siècle, se distingue par une retenue qui déjoue les exubérances rococo alors en vogue. Le duc, semble-t-il, préférait une dignité héritée du siècle précédent, moins ostentatoire, plus en adéquation avec sa propre austérité. Cette sobriété est perceptible dans la façade qui nous est parvenue, celle de l'ancien jardin. Elle s'organise autour d'une travée centrale soulignée par des pilastres et couronnée d'une lucarne à volutes, un détail qui trahit une timide concession à l'ornement. Les mascarons qui animent les clés des baies du premier étage offrent un moment d'esprit, contrastant avec l'absence de sculpture au second, une hiérarchie dans l'ornementation qui atteste d'une certaine économie de moyens ou d'un souci de proportion. L'édifice n'échappa pas aux mutations urbaines et révolutionnaires. Le percement de la rue Clovis en 1807 emporta une partie du jardin, et l'agrandissement de l'église par Baltard, plus tard, sacrifia la cour d'honneur, les communs et le portail. Ces interventions drastiques altérèrent fondamentalement la perception de l'œuvre initiale, la réduisant à une façade amputée de son contexte originel. L'intérieur, du moins pour l'ancien appartement ducal, conserve quelques boiseries et une cheminée, seuls échos matériels d'une existence princière transformée, après la Révolution et la vente comme bien national, en logis clérical par l'acquisition de la Ville de Paris en 1822. La trajectoire de ce pavillon, de l'alcôve d'un prince érudit au presbytère, en dit long sur les revirements de l'histoire et la capacité d'un bâtiment à s'adapter, parfois au prix de son intégrité, aux fonctions successives que la société lui assigne.