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Hôtel des Trésoriers de France

Hôtel des Trésoriers de France

5 rue des Trésoriers-de-France, Montpellier

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel des Trésoriers de France, ou hôtel de Lunaret, ou encore palais Jacques-Cœur, présente un cas d'étude architectural singulier à Montpellier. Sa nature protéiforme, manifestée par cette profusion nominative, révèle une histoire complexe et des transformations profondes, loin de l'unité que l'on pourrait attendre d'un édifice de cette stature. Bâti vers mille-quatre-cent-quarante-huit pour Jacques Cœur, le grand argentier de Charles Sept, par l'architecte Simon de Beaujeu, cette demeure fut initialement pensée comme le centre de ses florissantes activités commerciales. On y discerne déjà un pragmatisme certain, l'édifice servant ensuite, aux quinzième et seizième siècles, de siège à la Cour des Aides, puis à la Chambre des Comptes, une adaptabilité fonctionnelle plus qu'une préoccupation esthétique pure. L'hôtel eut l'honneur, ou la contrainte, d'accueillir des souverains de passage. François Premier en quinze-cent-trente-sept, Henri de Navarre en seize-cent-trente-deux, et Anne d'Autriche y firent halte. Quant à la légende tenace d'un Louis Treize y séjournant après la prise de Montpellier en seize-cent-vingt-deux, elle se révèle une aimable inexactitude ; sa présence n'est avérée qu'une décennie plus tard, en seize-cent-trente-deux, pour une douzaine de jours, durant lesquels il préparait la répression de la révolte de son frère et d'Henri Deux de Rohan. Un séjour d'une utilité plus stratégique que résidentielle. L'acquisition par les trésoriers et grands voyers de France en seize-cent-trente-deux marqua le prélude à une refonte quasi totale. À partir de seize-cent-soixante-seize, Ponce Alexis de La Feuille, ingénieur du roi et inspecteur du canal royal du Languedoc, épaulé par le maître maçon Antoine Arman, entreprit cette reconstruction. Le résultat est, pour le moins, une leçon de retenue et de démonstration interne. L'absence notable d'une façade extérieure ostentatoire, une décision sans doute motivée par les nécessités de discrétion en une époque encore troublée, oriente toute l'ambition architecturale vers l'intérieur. L'ingénieur, manifestant une affinité pour les dispositions parisiennes, conçut une façade imposante, non pas sur rue, mais s'ouvrant avec majesté sur la cour rectangulaire. Deux colonnades superposées en occupent l'intégralité de la largeur, un geste de composition classique affirmé. Au rez-de-chaussée, l'ordre dorique confère une assise solide ; à l'étage noble, des colonnes corinthiennes, plus ouvragées, élèvent la composition. Derrière cette ordonnance se déploie un grand escalier menant à une loggia, offrant une transition spatiale entre l'intimité de la cour et les appartements. Au second étage, les colonnes cèdent la place à des pilastres, encadrant une fenêtre centrale flanquée de soleils sculptés, portant l'orgueilleuse devise nec pluribus impar. Une inspiration que l'on retrouvera, avec des variations, à l'hôtel de ville de Beaucaire. Il est regrettable que le dôme qui couronnait autrefois l'édifice ait été ultérieurement remplacé par un étage supplémentaire, brisant ainsi l'équilibre initial de cette façade savamment orchestrée. À l'intérieur, un plafond peint par Jean de Troy, sur le thème de La Découverte de la Vérité par la Justice, ajoutait une touche de gloire allégorique à l'ensemble. Après les bouleversements révolutionnaires, l'hôtel changea de mains, passant à Jean-Jacques Tandon, puis, en dix-huit-cent-vingt-six, à François-Xavier de Lunaret, dont la famille le conserva jusqu'au début du vingtième siècle. C'est grâce à un legs d'Henri de Lunaret en dix-neuf-cent-dix que l'édifice est devenu la propriété de la Société archéologique de Montpellier, qui y a installé, en dix-neuf-cent-quatre-vingt-douze, le Musée Languedocien. Ce qui fut un centre commercial, une résidence royale, puis un hôtel particulier aristocratique, est désormais un écrin pour des collections allant de la préhistoire au dix-neuvième siècle, témoignant d'une mutation fonctionnelle constante. Le onze mars dix-neuf-cent-trente-et-un, l'hôtel fut classé monument historique, à l'exception de son attique, détail qui, s'il est techniquement précis, souligne aussi une certaine parcimonie administrative. Niché dans le quartier de l'Écusson, entre deux rues portant curieusement le nom de ses occupants successifs, cet hôtel particulier, avec ses trois étages, persiste comme un témoin discret mais révélateur des ambitions et des pragmatismes de plusieurs siècles d'histoire montpelliéraine.