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Villa Magalone

Villa Magalone

245 boulevard Michelet, Marseille

L'Envolée de l'Architecte

La Villa Magalone, une bastide marseillaise dont l'attribution à Pierre Puget demeure une conjecture tenace, offre une lecture intéressante de la villégiature provençale de la fin du XVIIe siècle. Commanditée par les frères Magalon, armateurs et négociants, cette demeure devait incarner une certaine réussite, érigée en pleine campagne marseillaise. Son inachèvement, précipité par la Grande Peste de 1720, révèle la fragilité des entreprises humaines face aux aléas de l'histoire, forçant ses premiers propriétaires à s'en défaire. Ce fut un mouvement de vente avant terme, une cécité forcée à la magnificence future, ou du moins celle projetée. Le domaine, jadis vaste de douze hectares, fut progressivement grignoté par l'urbanisation galopante du XXe siècle. Le percement du boulevard Michelet et l'avènement de la Cité Radieuse de Le Corbusier, emblème d'une modernité radicalement différente, témoignent de cette amputation territoriale. La Magalone est aujourd'hui un vestige singulier des quelque 5 800 bastides qui ponctuaient la banlieue marseillaise au XVIIIe siècle, un témoignage devenu rare d'un mode de vie aujourd'hui largement révolu. Son inscription à l'Inventaire supplémentaire des monuments historiques en 1948 fut une reconnaissance tardive mais salvatrice. La bastide elle-même, bien que discrètement mentionnée, est le cœur d'un dispositif paysager remanié au début du XXe siècle par Édouard André. Le style classique adopté visait à encadrer la demeure et sa statuaire, rétablissant une composition géométrique chère aux jardins à la française, bien que simplifiée. Le parcours débute par un bosquet masquant la vue, une manière subtile d'orchestrer l'arrivée et d'accroître l'effet de découverte. Les deux terrasses successives, dotées d'une balustrade en pierre, articulent la transition entre l'architecture domestique et la nature aménagée. La seconde terrasse, ornée de fontaines évoquant le Rhône et la Saône, avec leurs vieillards et dauphins cracheurs d'eau, est un hommage direct aux jardins italiens, cherchant à importer un certain raffinement hydrographique sous le soleil provençal. Ces bassins alimentés par une source soulignent la pertinence d'une implantation judicieuse, un rapport essentiel à l'eau dans un climat méditerranéen. Le parterre de gazon, encadré de buis et orné d'une broderie en forme de fleur de lys à l'est, ainsi qu'un bassin circulaire à l'ouest, témoignent d'une recherche d'ordre et de symétrie. Les statues des quatre saisons, attribuées à Veyrier, aux angles du pré sud, sont des figures tutélaires, classiques et convenues, mais nécessaires à la narration visuelle du jardin. Les vases en pierre de taille, provenant du château de Grignan, ajoutent une touche d'érudition, une réutilisation d'éléments architecturaux qui confère une patine historique par transfert. Aujourd'hui propriété de la ville, elle abrite une école de musique et son jardin est un parc public. L'abattage récent de nombreux arbres pour des raisons sanitaires, bien que nécessaire, a soulevé l'émoi, rappelant la fragilité de ces patrimoines vivants. La restauration prévue pour 2025 vise à retrouver le label Jardin remarquable perdu en 2020, un triste constat de la dégradation des statuaires. Cela révèle la constante vigilance requise pour maintenir ces ensembles, qui, sans entretien régulier, peuvent rapidement perdre de leur superbe et de leur valeur patrimoniale. La Magalone, au-delà de sa structure bâtie, incarne la persistance d'un certain idéal de la bastide provençale, un refuge campagnard dont la destinée fut façonnée par le commerce, les fléaux et l'urbanisme. Sa survie, bien que sous une forme réduite et parfois malmenée, atteste de la résilience du bâti face au temps et aux mutations.