44-44bis rue du Tapis-Vert, Marseille
L'église de la Mission de France, sise rue du Tapis-Vert à Marseille, n'est pas tant un édifice harmonieux qu'une superposition de strates historiques et stylistiques, un palimpseste architectural si l'on osait, inscrit dans le tissu urbain depuis le XVIIe siècle. Initialement érigée par les prêtres de Saint Vincent de Paul entre 1648 et 1673, sous le vaste programme d'agrandissement de Louis XIV, elle témoigne d'une présence religieuse établie, certes, mais sans la flamboyance que l'on pourrait attendre de l'époque. Sa première métamorphose notable intervint avec la Révolution, lorsque l'église, devenue bien national, fut louée aux Protestants de 1791 à 1794. Une singulière cohabitation sous l'étendard de la Tolérance qui, bien que brève, marque son histoire d'une empreinte inattendue. C'est cependant le XIXe siècle qui lui conféra l'essentiel de sa physionomie actuelle. Sous l'impulsion de Mgr Eugène de Mazenod, désireux de réimplanter les Jésuites à Marseille, une reconstruction majeure fut entreprise de 1841 à 1865. La façade, œuvre de Désiré Michel en 1860, se distingue par l'audace de son ciment, matériau alors en pleine ascension, conférant à l'ensemble une allure distinctive, voire un rien hétéroclite, qui ne manque pas d'interroger le passant. À l'intérieur, l'installation d'un orgue par la maison Puget de Toulouse en 1865, dont le buffet fut dessiné par l'ingénieux Henry Condamin, achevait cette phase de renouveau. Mais la vie de cette église est un ballet incessant entre usage sacré et profane. Les lois anticongrégationnistes de la IIIe République la virent fermée au culte en 1901, entamant une longue période d'errance fonctionnelle : salle de concert, école de maçonnerie, puis entrepôt. Un destin peu glorieux pour un lieu de prière, illustrant les aléas de l'histoire civile sur le patrimoine religieux. Le retour au culte en 1984, sous l'égide de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, ne fut pas sans bouleversements, notamment pour son instrument le plus noble. L'orgue, dont le buffet fut un temps exilé, connut plusieurs réincarnations, intégrant même des éléments d'un orgue de cinéma, le « Rialto », témoignage d'une ingéniosité toute pragmatique. Un nouvel instrument d'esthétique baroque, acquis d'Allemagne en 2006, fut adapté avec une transmission mécanique entièrement refaite et des ajouts significatifs, dont des trompettes en chamade par manque d'espace intérieur, signe d'une adaptabilité constante face aux contraintes. Les aménagements intérieurs, avec le remplacement de l'autel par celui d'une chapelle latérale d'une église rasée, ou l'ajout d'une chaire d'un autre couvent, rappellent que cet édifice est avant tout un réceptacle, s'adaptant aux besoins et aux ressources disponibles. L'église de la Mission de France est ainsi une chronique silencieuse des mutations marseillaises, loin des grandes démonstrations stylistiques, mais riche d'une persévérance qui force, sinon l'admiration, du moins une observation attentive.