Méry-sur-Oise
Le site de Méry-sur-Oise, bien avant l'édification d'un château digne de ce nom, porte les cicatrices d'une histoire médiévale mouvementée, où les premières fondations religieuses, un prieuré du VIe siècle, furent bientôt ravagées par les incursions vikings, laissant place à une succession de fortifications seigneuriales. C'est dans ce contexte de reconstruction incessante que Pierre d'Orgemont, chancelier de France au XIVe siècle, entreprit l'édification d'un nouveau château entre 1375 et 1389, dont subsiste une salle souterraine remarquable par son pilier central. Ce seigneur érudit, hôte fréquent du roi Charles V le Sage, y poursuivit même la rédaction des Grandes Chroniques de France, anoblissant ainsi les murs de sa demeure d'une aura intellectuelle rare. Les aléas dynastiques et politiques, notamment sous Nicolas d'Orgemont, impliqué dans des complots bourguignons, entraînèrent confiscations et restitutions, témoignant de la fragilité des fortunes féodales. Plus tard, au XVIe siècle, malgré une fortune amoindrie, Claude d'Orgemont parvint à faire rebâtir presque entièrement le château, comme en témoigne la date de 1584 gravée au-dessus d'une porte. Cette résilience architecturale face à la précarité financière reflète une volonté de maintenir le prestige, fût-ce au prix d'un faste de façade. Le XVIIe siècle apporta une nouvelle période de splendeur avec Antoine Ier de Saint-Chamans. Proche d'Henri IV, il transforma Méry en un écrin pour sa collection de tableaux, tapisseries et bibelots, attirant artistes et gens de lettres. La façade méridionale, reconstruite en 1697, fut l'expression classique d'une époque cherchant l'équilibre et l'harmonie. Le XVIIIe siècle vit le château passer aux mains de la famille Molé, notamment sous l'impulsion de Bonne-Félicité Bernard, épouse du président à mortier Mathieu-François Molé. Son goût avisé pour l'aménagement paysager, conseillé par Buffon lui-même, la mena à remodeler la façade occidentale et à initier une transition vers des jardins plus naturels. La Révolution française, bien qu'ayant failli emporter le bâtiment et ses propriétaires, ne laissa finalement qu'un château saccagé, restauré par le vicomte Pierre-Christian de Lamoignon. Ce dernier fit évoluer les parterres à la française vers l'esthétique plus romantique du jardin anglais, une œuvre que la fille du vicomte, Félicité Molé, confia au paysagiste Louis-Sulpice Varé en 1845. C'est également dans ces lieux que la Comtesse de Ségur, belle-sœur d'Adolphe de Ségur-Lamoignon, trouva une partie de son inspiration pour ses célèbres Malheurs de Sophie. Le XXe siècle marqua une mutation fonctionnelle : l'installation d'une usine de traitement d'eau potable à proximité, puis l'acquisition du domaine par le syndicat des eaux d'Île-de-France en 1976. Après une rénovation sous Vivendi en 1999, intégrant un jardin botanique expérimental signé Pascal Cribier et Patrick Blanc, le château, finalement racheté par la municipalité de Méry-sur-Oise en 2004, est aujourd'hui un lieu de séminaires et de réceptions. Il ouvre ses portes aux Journées du Patrimoine, offrant un contraste saisissant entre son passé tumultueux et sa vocation contemporaine, tout en ayant servi de décor à quelques scènes cinématographiques.