5, 7 place Paul-Verlaine 49bis rue Bobillot 50, 52 rue du Moulinet 38 rue du Moulin-des-Prés, Paris 13e
L'histoire de la piscine de la Butte-aux-Cailles ne s'ancre pas dans l'ambition esthétique d'un architecte visionnaire, mais plutôt dans la découverte pragmatique d'une nappe phréatique chaude, en 1866, prélude à une vocation hygiéniste qui allait marquer l'urbanisme parisien. C'est sur ce terreau, déjà enrichi par les bains-douches de 1908, que Louis Bonnier, figure moins flamboyante que méthodique de l'architecture publique, érigea entre 1922 et 1924 un équipement dont la sobriété formelle dissimule une certaine audace technique et une adaptation constante aux impératifs sociaux. La façade, étonnamment parée de briques rouges — un matériau peu courant pour ce type d'établissement parisien et à cette époque —, s'inscrit dans un style Art nouveau tardif. On y discerne une sorte de retenue, comme si l'expression décorative était contenue par la fonction utilitaire. Ce choix des briques, s'il confère une robustesse peu parisienne à l'édifice, crée un contraste intéressant avec la légèreté visée par l'architecture intérieure. À l'intérieur, le parti pris du béton pour la voûte est tout à fait révélateur de l'époque. Supportée par sept arches que l'on qualifie de « légères », elle déploie un espace généreux, une enveloppe fonctionnelle où la lumière, filtrée, se diffuse sur les eaux. L'ingénierie structurelle, sans être révolutionnaire, témoigne d'une maîtrise constructive certaine, permettant de concilier la nécessaire ampleur des volumes avec une économie de moyens et une efficacité structurelle. Il serait réducteur de ne voir dans cette piscine qu'un simple lieu de baignade. Elle incarne l'apogée des préoccupations sanitaires du début du XXe siècle, avec son passage obligé par les douches et le pédiluve, rituels hygiéniques alors novateurs, désormais vestiges d'une pédagogie civique. L'alimentation initiale, puisée dans le puits artésien d'Arago – un exploit technique datant de 1893, délivrant une eau à 25 °C –, confère à l'établissement une singularité. Cette ressource naturelle, véritable don du sous-sol parisien, a d'ailleurs connu des avatars techniques plus contemporains, avec un partenariat pour récupérer la chaleur des serveurs informatiques, illustration éloquente de la capacité de l'édifice à se réinventer face aux défis énergétiques. Louis Bonnier, loin des vedettes de l'Art déco naissant, fut avant tout un pragmatique. Inspecteur général des Bâtiments civils et Palais nationaux, il a œuvré à la rationalisation de l'architecture publique. La piscine de la Butte-aux-Cailles s'inscrit parfaitement dans cette logique : un service public efficace, solide et répondant aux besoins de la population. Son inscription aux Monuments Historiques en 1990 n'est pas tant une reconnaissance de sa splendeur esthétique que de sa valeur patrimoniale, témoignage d'une époque et d'une conception de l'urbanisme. Son utilisation comme décor cinématographique par Arnaud Desplechin ou son rôle lors de la Nuit Blanche confirment, bien des décennies après son ouverture, une place dans l'imaginaire collectif parisien, au-delà de sa fonction première. La canicule de 2003, avec son affluence record, aura rappelé avec force la pérennité de sa vocation sociale, un havre de fraîcheur humblement utile, loin des grandiloquences architecturales.