9bis rue Jean-de-Beauvais, Paris 5e
L'empreinte physique du Collège de Beauvais, jadis connu sous l'appellation plus complète de Collège de Dormans-Beauvais, se réduit aujourd'hui à un unique vestige significatif : la chapelle Saint-Jean l'évangéliste, devenue l'église des Saints-Archanges. Une parcimonie architecturale qui contraste avec l'effervescence intellectuelle dont ce lieu fut le théâtre, niché dans l'actuelle rue Jean-de-Beauvais. Fondé en 1370 par Jean de Dormans, évêque de Beauvais et Chancelier de France, l'établissement bénéficia d'emblée d'une ambition certaine, confiée aux mains expertes de Raymond du Temple. Cet architecte, dont l'œuvre marquante inclut des interventions au Louvre et à Vincennes, garantissait sans doute une facture solide et un ordonnancement respectueux des canons gothiques de l'époque pour les bâtiments aujourd'hui disparus, érigés en 1381. La chapelle, édifiée dès 1375, demeure un témoin lapidaire de cette première phase, son élégance sobre devant refléter la dignité fonctionnelle d'une institution universitaire. Au fil des siècles, le collège évolua, devenant notamment un haut-lieu du jansénisme à la charnière des XVIIe et XVIIIe siècles, attirant une élite parlementaire. Son histoire est également émaillée de singularités révélant les dynamiques universitaires et urbaines. On se souvient, non sans une certaine ironie, du rapprochement singulier au XVIe siècle avec le Collège de Presles voisin. Pierre de La Ramée, dit Ramus, principal de Presles, et Omer Talon, son homologue de Beauvais, convinrent d'ouvrir une simple porte entre leurs deux cours. Une percée murale d'apparence anodine, mais symbolique de la porosité intellectuelle, voire des compromis pratiques dans un tissu urbain dense. Les guerres de religion ne l'épargnèrent pas, le collège voyant son principal, Nicolas Charton, ami de Ramus et protestant, assassiné lors de la Saint-Barthélemy, illustrant la brutalité d'une époque où l'érudition ne protégeait nullement des convulsions politiques. L'existence matérielle du collège s'acheva en 1763, victime des grandes opérations d'urbanisme du XVIIIe siècle. Vendu au collège de Lisieux, il fut démoli, non pour vétusté intrinsèque, mais pour laisser place à l'École de Droit et à l'aménagement de l'actuelle place du Panthéon, devant la nouvelle église Sainte-Geneviève. C'est le sort commun de bien des institutions parisiennes, sacrifiées sur l'autel de la rationalité urbaine et d'une esthétique nouvelle. Malgré cette disparition physique, l'héritage immatériel du Collège de Beauvais est d'une richesse remarquable. Ses bancs furent fréquentés par une pléiade de figures qui façonnèrent la culture française : Nicolas Boileau, Charles Perrault, Cyrano de Bergerac, Jean Racine, et même Claude Nicolas Ledoux. Il est savoureux d'imaginer le futur architecte des salines royales et des barrières de Paris, Ledoux, imprégné des formes et des philosophies d'un établissement dont la volumétrie gothique allait être balayée par l'âge des Lumières. Cette liste de noms illustres, si éclectique, confère au Collège de Beauvais une aura intellectuelle bien plus prégnante que ses quelques vestiges subsistants, témoignant que l'esprit, parfois, l'emporte sur la pierre.