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Hôtel de La Tour-Maubourg

Hôtel de La Tour-Maubourg

10 place Vendôme, Paris 1er

L'Envolée de l'Architecte

L'hôtel de La Tour-Maubourg, sis au numéro 10 de l'austère et néanmoins spectaculaire place Vendôme, se présente non comme une œuvre architecturale isolée, mais comme un élément structurant d'un ensemble urbain dont la cohérence prime sur l'expression individuelle. Érigé en 1711 par Jacques V Gabriel pour le financier Urbain Aubert de Tourny, cet édifice participe de l'ordonnancement classique voulu par Jules Hardouin-Mansart pour cette place royale. Sa façade, inscrite au titre des monuments historiques, témoigne de cette rigueur du Grand Siècle, où la régularité des percements, la pierre de taille et l'équilibre des proportions dictent une élégance intemporelle, mais parfois un rien prévisible. On y reconnaît l'articulation tripartite classique, un socle robuste, un corps principal aux fenêtres en plein cintre et un attique coiffé d'une balustrade, le tout conférant une dignité sans ostentation excessive. La dialectique entre le plein de la maçonnerie et le vide des ouvertures est ici résolue dans une harmonie qui, si elle ne surprend guère, satisfait l'œil habitué aux canons de l'époque. L'histoire de ses propriétaires et occupants est une chronique éloquente des fluctuations du pouvoir et des fortunes. Les financiers du Régent, tel le malheureux Aubert de Tourny, contraint de céder la propriété pour cause de malversations — un détail qui tempère toute forme de romantisme historique — furent rapidement supplantés par des figures militaires comme Jean Hector de Faÿ de La Tour-Maubourg. Plus tard, l'hôtel servit de pied-à-terre temporaire au fermier général Claude Dupin, avant d'accueillir l'ambassade de Venise, puis les pragmatiques comités de l'administration révolutionnaire. Chaque changement de main, chaque nouvelle fonction, marque une strate sur ce palimpseste urbain. On se plaît à imaginer le contraste entre l'opulence feutrée des salons aristocratiques et la solennité parfois chaotique des séances administratives de la Révolution, ou encore les discussions érudites du docteur Samuel Pozzi, figure mondaine et savante, qui y loua un appartement de 1897 à 1918. Mais c'est au XXe siècle que l'édifice connut une transformation des plus révélatrices. Lorsque la famille Rothschild en fit l'acquisition avec son mitoyen, l'hôtel Baudard de Saint-James, pour y loger les bureaux de la société minière de Peñarroya, la nécessité fonctionnelle l'emporta sur le respect de l'intégrité spatiale. La décision de réunifier les deux hôtels par leurs cours intérieures pour créer un parking souterrain de deux cent cinquante places illustre avec une éloquence certaine les compromis auxquels le patrimoine architectural doit se plier face aux impératifs de la modernité et de l'efficience économique. Le charme des cours intérieures, ces poumons discrets de l'hôtel particulier parisien, fut ainsi subordonné à la logistique automobile. Aujourd'hui, il abrite des maisons d'horlogerie de luxe, Patek Philippe et Hublot, ainsi que les ateliers de la maison Chaumet, perpétuant ainsi une vocation commerciale de haute volée qui, en façade du moins, maintient l'illusion d'une permanence esthétique, tandis que l'âme intérieure se trouve irrémédiablement altérée. L'inscription des façades au titre des monuments historiques, si elle préserve l'image publique, nous invite à une réflexion sur la profondeur réelle de la conservation.