Fontenay-en-Parisis
L'église Saint-Aquilin de Fontenay-en-Parisis se dresse, imposante, défiant les échelles habituelles d'un modeste bourg. Avec ses 42 mètres de long et sa flèche culminant à 44 mètres, elle surpasse nombre de ses homologues régionales, une ambition dimensionnelle qui intrigue pour un tel site. Son édification révèle une stratigraphie temporelle complexe. L'on y discerne encore, au mur méridional du bas-côté sud, les vestiges d'un édifice de la fin du XIe siècle. Le clocher, dont la base et le premier étage remontent au second quart du XIIe siècle, offre une réminiscence romane. La nef, reconstruite au troisième quart du même siècle, s'inscrit dans une transition quelque peu hésitante : ses grandes arcades en tiers-point, dépourvues de mouluration, conservent une rudesse archaïque, bien que la sculpture des chapiteaux annonce déjà le gothique primitif. Le chœur, édifié par étapes entre 1200 et 1260, propose une autre lecture. Ses travées droites, coiffées de voûtes sexpartites, et son élévation sur trois niveaux — bien que le triforium soit remplacé par de simples baies aveugles — témoignent d'une recherche formelle certaine, mais non exempte de singularités. L'abside à pans coupés, sans parties droites et pourvue d'un déambulatoire de seulement trois travées, dépourvu de chapelles rayonnantes, constitue une disposition dont l'originalité dans la région n'est plus à démontrer, un parti pris qui échappe aux conventions établies. À l'intérieur, la nef surprend par son absence de voûtement d'origine, et ses arcades chanfreinées, posées sur de massifs piliers cylindriques, dont les chapiteaux ne dissimulent pas l'absence de préparation à une couverture de pierre. La charpente du XVIe siècle, en carène renversée, a malheureusement sacrifié la lumière originelle en obstruant la plupart des fenêtres hautes, n'en laissant qu'un unique témoin. Le chœur, lui, se distingue par l'audace de ses voûtes sexpartites, une solution sophistiquée pour une église rurale, censée optimiser l'éclairage. Paradoxalement, ici, les fenêtres hautes, de petite dimension et triangulaires, n'occupent qu'une fraction de l'espace dévolu, ce qui interroge sur la pleine compréhension des principes constructifs. L'hétérogénéité des grandes arcades du chœur entre le nord et le sud témoigne de campagnes de travaux distinctes ou de contraintes préexistantes, notamment la base romane du clocher. La singularité du déambulatoire, réduit à trois travées, rompt avec les schémas habituels. À l'extérieur, la façade occidentale se présente comme un assemblage hétéroclite, avec des contreforts Renaissance et un portail gothique primitif aux chapiteaux très abîmés. L'édicule de la chapelle baptismale, au nord, offre un rare exemple de la Renaissance locale, avec ses frises de triglyphes et ses représentations de la Sainte Face, un détail curieux pour un lieu de cette fonction. Le clocher, pièce maîtresse, contraste par sa base romane simple et la richesse décorative de son second étage gothique, orné de têtes grimaçantes et d'une flèche élancée dominant le paysage. L'histoire de Saint-Aquilin est indissociable de la présence de reliques prestigieuses, notamment un fragment de la Vraie Croix, offrande attribuée à Saint Louis. Cette relique, dont le parcours fut remarquable, attira en son temps des foules considérables, justifiant sans doute l'envergure démesurée de l'église par rapport à la taille du village, les offrandes des pèlerins finançant une ambition architecturale que les ressources locales n'auraient pu soutenir. Le classement au titre des monuments historiques en 1886 a marqué une reconnaissance, mais l'intérieur, figé depuis le milieu du XIXe siècle et ses badigeons aux faux marbres, attend encore une attention égale à celle accordée à l'extérieur. Un curieux débat entoure d'ailleurs ces décors intérieurs : Gaston Brière les jugeait fâcheux, tandis que Charles Huet y voyait un intérêt certain. Le mobilier, pour sa part, regroupe quelques pièces notables, dont des copies de tableaux de Poussin, des stalles du XVIe siècle provenant de l'abbaye Saint-Victor de Paris, et un buffet d'orgue du XVIIe siècle, hélas en ruine pour sa partie instrumentale. Autant d'éléments qui, avec leurs vicissitudes, enrichissent le récit d'un édifice constamment transformé, réadapté, mais toujours habité par une histoire millénaire.