59 avenue Raymond-Poincaré, Paris 16e
Érigé au tournant des années 1910, l'Hôtel Pauilhac se dresse, non sans une certaine discrétion, sur l'avenue Raymond-Poincaré, témoignant de l'éclectisme architectural qui caractérisait alors les commanditaires les plus fortunés du 16e arrondissement parisien. Commandité par Georges Pauilhac, industriel toulousain prospère et fin collectionneur d'armes, cet hôtel particulier, œuvre de l'architecte Charles Letrosne entre 1910 et 1911, offre un mélange singulier de références stylistiques, emblématique d'une époque où l'Art Nouveau commençait à céder le pas à d'autres aspirations. L'ordonnancement de la façade sur rue, bien que classique dans sa composition générale, est subtilement animé par les reliefs sculptés de Camille Garnier. Ces motifs de branches et de pommes de pin, d'une veine naturaliste contenue, évoquent un Art Nouveau déjà assagi, une forme de décor végétal intégré sans l'exubérance curviligne parfois débridée du style. Ce parement de pierre sert de socle à une toiture des plus inattendues : une silhouette en pointe, déployée sur trois niveaux, dont l'inspiration néo-gothique bouscule la ligne d'horizon haussmannienne environnante. Cette verticalité audacieuse, presque romantique, traduit un désir d'affirmation individuelle, une recherche de pittoresque qui contraste avec la rigueur des façades. C'est une façade qui dissimule plus qu'elle ne révèle, dont le caractère propre s'exprime moins dans le délié des lignes que dans cette audace sommitale. L'intérieur, du reste, fut conçu pour répondre aux passions du commanditaire. Les espaces inscrits au titre des monuments historiques révèlent cette vocation particulière : le vestibule d'entrée et la cage d'escalier, dont la ferronnerie d'art dessine des arabesques élégantes, créent une séquence d'accueil fastueuse. Mais c'est au premier étage que la spécificité du lieu se manifeste pleinement. Les anciennes galeries, dont l'une abrite une fontaine en mosaïque, furent spécifiquement aménagées pour exposer la vaste collection d'armes de Georges Pauilhac. L'édifice, dès lors, n'était pas seulement une résidence, mais un véritable cabinet de curiosités, un musée privé où l'architecture dialoguait avec l'objet collectionné. Ce n'est qu'en 1964 que cette collection fut intégrée aux fonds du musée de l'Armée, une transition courante pour ces trésors personnels que la fortune publique finit par accueillir. L'inscription de 1990 au patrimoine atteste de l'intérêt de cet hôtel, témoignage d'un luxe bourgeois où l'expérimentation stylistique demeurait circonscrite par la recherche d'une certaine grandeur traditionnelle. La fin de siècle et le début du nouveau virent la haute bourgeoisie parisienne investir ces avenues, créant des ensembles architecturaux d'une richesse parfois ostentatoire. L'Hôtel Pauilhac, sans être une icône révolutionnaire, illustre avec éloquence cette période. Sa conversion ultérieure en siège social prestigieux dans les années 1980, puis en adresse gastronomique de renom, accueillant tour à tour Joël Robuchon puis Alain Ducasse, illustre la capacité d'adaptation de ces grands hôtels particuliers, dont la vocation première s'efface souvent devant les nécessités d'une ville en perpétuelle mutation, transformant des espaces intimes en lieux de représentation et de convivialité mondaine.