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Boulangerie (place Henri-Krasucki)

Boulangerie (place Henri-Krasucki)

43 rue des Envierges 71 rue de la Mare place Henri-Krasucki, Paris 20e

L'Envolée de l'Architecte

La boulangerie de la place Henri-Krasucki, située à l'intersection pittoresque de la rue des Envierges et de la rue de la Mare dans le 20e arrondissement, n'est pas un monument d'envergure, mais plutôt une capsule temporelle modeste, une relique du commerce parisien du début du XXe siècle. Sa façade, datant de 1910 et sagement inscrite aux monuments historiques depuis 1984, offre un aperçu éloquent de l'esthétique Art nouveau appliquée à l'architecture vernaculaire et fonctionnelle. Le frontispice commercial se singularise par une composition symétrique centrée autour de six médaillons. Le dispositif, loin de l'opulence ostentatoire, révèle une recherche décorative caractéristique de l'époque. Quatre de ces plaques émaillées, œuvres probables des ateliers Michel, figurent des allégories des saisons. Ce choix iconographique, d'une pertinence triviale pour un commerce lié au cycle de la nature, est traité avec une délicatesse qui évoque le chromatisme ouaté et les figures intemporelles de Puvis de Chavannes. Le Printemps y déploie un moulin sur la rivière, l'Été une moisson de blés avec ses faucheurs, l'Automne les glaneuses au milieu des foins, et l'Hiver un moulin à vent sous la neige. Ces paysages idéalisés, filtrés par l'émail et le verre, témoignent d'une volonté d'ennoblir le quotidien par l'art, même dans un contexte purement marchand. C'est là une des singularités de l'Art nouveau : sa propension à infuser l'esthétique dans l'objet le plus humble, du mobilier à la devanture de boutique. Les deux autres plaques, plus prosaïques mais non moins essentielles à la fonction de l'édifice, affichent avec une typographie de l'époque les offres alléchantes : « Croissants / Brioches au beurre » et « Viennoiserie / Pains spéciaux », ancrant le dispositif décoratif dans sa réalité commerciale. Cette façade est un parfait exemple de l'art du signage commercial de la Belle Époque, où l'ornementation servait autant à attirer l'œil qu'à signifier une certaine qualité ou un raffinement. L'utilisation de plaques émaillées, alors en vogue, permettait une durabilité et une vivacité des couleurs que peu d'autres techniques offraient. Leur intégration harmonieuse au décor global, avec les arabesques végétales typiques de l'Art nouveau, transforme une simple devanture en une œuvre d'art urbain accessible à tous. Le fait qu'une telle réalisation ait survécu aux vicissitudes du temps et des modes, et qu'elle ait bénéficié d'une restauration en 1986, puis du label « patrimoine du XXe siècle », souligne une reconnaissance tardive mais méritée de ces expressions mineures mais essentielles du génie décoratif. Il n'est pas rare, en effet, que ces fragments d'architecture commerciale disparaissent sans laisser de trace, victimes de rénovations ou de changements d'enseignes. Celle-ci, par sa préservation, offre un précieux document sur les manières de vivre et d'embellir la ville à l'aube du siècle passé, loin des manifestes grandiloquents mais avec une poésie certaine.