19 rue Edmond-Rostand, Marseille
L'église Saint-Nicolas-de-Myre, sise à Marseille, constitue un jalon architectural et historique d'une singulière importance. Élevée sous l'égide d'une ordonnance de Louis XVIII et l'initiative de l'archevêque Maximos III Mazloum, elle fut inaugurée en 1822, se posant alors comme la plus ancienne église orientale de France et le tout premier édifice dédié au rite grec-catholique melkite à l'échelle mondiale. Une telle primauté n'est pas fortuite ; elle résulte d'un impératif d'accueil pour les réfugiés orientaux fuyant les campagnes de Kléber en Égypte et les persécutions ottomanes en Syrie. Le bâtiment, aujourd'hui propriété du Patriarcat d'Antioche, témoigne d'un pragmatisme historique face aux contingences des diasporas. Insérée avec une certaine discrétion entre des immeubles mitoyens, sa façade occidentale alignée sur le bâti environnant ne trahit pas immédiatement la richesse de son intériorité. Cette orientation, certes, déroge à la règle byzantine stricte d'une abside tournée vers l'est solaire, mais l'emprise au sol, environ trente et un mètres sur onze, indique une volonté d'optimisation spatiale en milieu urbain dense. Passées les grilles ornées de fleurs de lys, le narthex introduit le visiteur aux portes royales. Celles-ci, encadrées de fresques représentant saint Nicolas et sainte Mariam Baouardy, sont surmontées d'un tympan figurant un Christ en gloire dans une mandorle, un détail iconographique d'une facture classique. À l'intérieur, la nef rectangulaire adopte un plan basilical occidental, sans colonnes, une adaptation notable pour un édifice de rite byzantin. Cette flexibilité spatiale est compensée par des éléments décoratifs plus fidèles à la tradition orientale. Les vitraux en hauteur, installés lors du centenaire en 1921 et attribués à Pomez, dispensent une lumière tamisée sur des murs revêtus de dessins géométriques et un plafond parsemé de médaillons aux motifs angéliques. Quasiment un siècle après sa fondation, l'église s'est enrichie d'une grille en fer forgé des établissements Louis Trichard, et, plus récemment, en 2013, une phase de restauration s'est attachée à la mise hors-d'eau et à la conservation des fresques. Les quatre oratoires latéraux, dédiés à saint Nicolas, sainte Anne, saint Joseph et sainte Sophie, illustrent la générosité des grandes familles levantines de Marseille, mécènes discrets mais essentiels à la vie paroissiale. La chaire en marqueterie orientale, faisant face à un coffret-armoire mural marqueté contenant un reliquaire-calendrier liturgique, constitue des pièces maîtresses. Œuvres de Girgi Bitar, maître ébéniste de Damas, datées de 1905 et 1909, elles furent classées et attestent d'une maîtrise artisanale exquise, apportant une touche de raffinement oriental au sein de l'architecture plus sobre. L'iconostase, élément central du rite byzantin, se déploie sur trois registres. Le registre inférieur présente les trois portes essentielles, avec la sainte porte centrale et les portes diaconales, flanquées des icônes de la Theotokos à gauche et du Christ Pantocrator à droite, une disposition canonique. Le registre médian propose une Cène enrichie de la Nativité, surmontée du tétramorphe, tandis que le registre supérieur aligne les douze apôtres, couronnés par la Sainte Croix et le symbole du pélican, allégorie christique. L'ensemble, inscrit au titre des monuments historiques en 2016, parachève le statut de ce lieu de culte qui, bien que discret dans son intégration urbaine, n'en demeure pas moins un témoignage éloquent et une matrice pour la présence des communautés orientales à Marseille.