78 rue de Varenne, Paris 7e
L'hôtel de Villeroy, niché discrètement rue de Varenne, offre une singulière lecture des ambitions et des pragmatismes architecturaux parisiens. Non pas une œuvre d'un seul jet, mais un palimpseste où s'inscrivent les vicissitudes des fortunes privées et les nécessités de l'administration publique. Son origine, commandité par le banquier Antoine Hogguer de Saint-Gall pour sa dilection, la comédienne Charlotte Desmares, en 1713, lui confère d'emblée une patine particulière, éloignée de la solennité qui sied aujourd'hui à un ministère. François Debias-Aubry y dessina un hôtel classique, articulé selon le principe de l'entre cour et jardin, distinguant l'espace fonctionnel des communs, bordant la rue, du logis principal, modeste alors, à seulement cinq travées, et masquant son jardin derrière un mur écran. Une distribution somme toute conventionnelle, dont la sobriété contraste avec l'effervescence des liaisons de l'époque. Les péripéties financières du baron, qui le contraignirent à la faillite et à l'exil, marquent le début d'une longue série de transformations. Lorsque François-Louis de Neufville de Villeroy en fait l'acquisition en 1735, il entreprend une campagne de travaux significative en 1746. Jean-Baptiste Leroux, son architecte, insuffle une nouvelle dynamique à l'ensemble en ajoutant une travée à l'Est et, surtout, en créant une demi-rotonde abritant un salon ovale. Cette inflexion, qui ouvre le logis sur le jardin avec une majesté renouvelée, signe le passage d'une conception plus rigide à une fluidité spatiale alors en vogue, estompant la séparation stricte au profit d'une interconnexion plus généreuse. L'intégration des communs, reliés à l'hôtel par une aile, témoigne d'une recherche d'unité qui préfigurait les ensembles plus cohérents du siècle. Le bâtiment, par la suite, reflétera les tumultes de l'histoire. De résidence aristocratique et lieu de fêtes sous le duc Gabriel Louis, à manufacture de pianos Érard, avant d'être confisqué comme bien national, puis racheté par l'État pour diverses fonctions militaires et administratives. Ces changements d'affectation ont toujours signifié des compromis architecturaux, culminant sous le Second Empire avec Emmanuel Brune, qui démolit les anciens communs pour les remplacer par les bâtiments actuels, conférant à la partie sur rue une monumentalité plus conforme aux exigences de l'urbanisme haussmannien. L'apogée de cette transformation institutionnelle intervient en 1930, avec la destruction de l'hôtel de Castries voisin et l'établissement d'une façade symétrique à l'Ouest, forçant l'hôtel à une monumentalité uniforme, quelque peu artificielle, mais jugée nécessaire à son nouveau statut de ministère de l'Agriculture, officiellement établi en 1881. À l'intérieur, l'hôtel déploie un éclectisme maîtrisé, témoin des différentes époques. Les tapisseries des Gobelins du XVIIe siècle côtoient des œuvres de Zao Wou Ki, des mobiliers de style Empire et des créations de designers contemporains comme Andrée Putman ou Paolo Piva. L'escalier d'honneur, avec sa rampe ornée de « L » entrelacés – clin d'œil ambigu à une monarchie passée ou une appropriation symbolique tardive –, ponctue ce parcours temporel. Le jardin, avec sa copie de l'Enlèvement de Proserpine par Pluton de Girardon, évoque une grandeur versaillaise, tandis que le potager créé en 2013, pour un ministère dédié à l'agriculture, offre une ironie délicate, un retour à la terre littéral, sous les fenêtres de l'administration. En somme, l'hôtel de Villeroy est moins une œuvre maîtresse qu'un témoignage éloquent de la persistance et de la capacité d'adaptation de l'architecture parisienne à travers les âges, un organisme qui, par ajouts et modifications, a su traverser les siècles en conservant, malgré tout, une dignité certaine.