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Institut hospitalier franco-britannique

Institut hospitalier franco-britannique

48, 52, rue de VilliersRue Barbès2,rue Voltaire75, rue Chaptal, Levallois-Perret

L'Envolée de l'Architecte

L'édifice qui fut autrefois l'Hertford British Hospital, à Levallois-Perret, présente une curieuse singularité. Conçu par Ernest Sanson et inauguré en 1879, il arbore un style néo-gothique, choix stylistique parfois surprenant pour un architecte davantage réputé pour son élégance classique et ses réinterprétations du XVIIIe siècle français dans les hôtels particuliers parisiens. Cette inclination pour le pastiche, courante à l'époque, conférait sans doute à l'établissement une gravité et une distinction perçues comme adéquates à sa mission caritative, loin des préoccupations purement fonctionnelles qui allaient caractériser l'architecture hospitalière moderne. La brique et la pierre de taille, sous un toit d'ardoise percé de lucarnes, témoignaient d'une recherche d'authenticité pittoresque, récompensée par une médaille d'argent de la Société centrale des architectes, preuve d'une certaine reconnaissance formelle. Financé par Sir Richard Wallace – figure dont la générosité a également essaimé les fontaines éponymes à travers Paris – cet hôpital accueillit même la visite de George V et de la reine Mary en 1914, attestant de son statut et de l'attachement britannique. Pourtant, au milieu des années 1980, le verdict tomba : les bâtiments étaient jugés « inadaptés ». Seule l'intervention du maire, Patrick Balkany, et l'inscription aux monuments historiques en 1987, sauvèrent cette enveloppe d'une démolition certaine, la condamnant ironiquement à une survie sans sa fonction première, puisqu'elle est aujourd'hui louée à des sociétés commerciales. Le pittoresque a ses limites face à la modernité chirurgicale. En contraste, l'hôpital Notre-Dame du Perpétuel Secours, fondé en 1885 par Madame de Vatismenil, incarne une trajectoire inverse. Son histoire architecturale est celle d'une métamorphose incessante. Partant d'une noble impulsion charitable, avec des soins dispensés gratuitement par des religieuses dominicaines, l'établissement a connu une « reconstruction totale » en 1987, puis des rénovations et adjonctions en 2004-2007 et 2012. Ce n'est plus un bâtiment pensé comme une œuvre pérenne, mais une machine à soigner, en constante adaptation, où l'esthétique cède invariablement le pas à l'optimisation des flux, des technologies médicales et des impératifs d'un ESPIC. Les décès de figures notables comme Rudolf Noureev en 1993 et Jérôme Savary en 2013 y ajoutent, par un paradoxe macabre, une dimension historique intrinsèque à son usage, bien qu'absente de sa morphologie changeante. L'Institut hospitalier franco-britannique actuel est le fruit d'une convergence administrative de ces deux entités aux destins architecturaux divergents. Le Hertford, figé dans un simulacre de son passé, et le Notre-Dame du Perpétuel Secours, avatar d'une fonctionnalité sans cesse réinventée, cohabitent désormais sous une même bannière. Cette alliance de la brique néo-gothique, réaffectée à des bureaux, et de blocs modernes dédiés à la maternité ou aux urgences, constitue une sorte de condensé des évolutions de l'architecture hospitalière : de l'édifice d'apparat au dispositif médical intégré, du patronage aristocratique à l'établissement de santé privé d'intérêt collectif. C'est le triomphe de l'impératif technique et organisationnel sur toute velléité de permanence formelle, hormis pour ce qui est de la simple conservation patrimoniale, souvent motivée par des critères exogènes à la vocation première du lieu.