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Aqueduc Médicis: regardno4

Aqueduc Médicis: regardno4

Rue du Regard Rue des Groux, Fresnes

L'Envolée de l'Architecte

L'aqueduc Médicis, dont l'un des discrets jalons est le regard n°4, constitue un témoignage éloquent de la persistance des besoins urbains face aux caprices du pouvoir. Car si la démarche initiale procède d'une nécessité publique — la rive gauche de Paris était singulièrement délaissée en eau au début du XVIIe siècle —, elle s'est cristallisée autour de l'ambition d'une reine, Marie de Médicis, désireuse d'agrémenter le futur palais du Luxembourg de bassins et de jeux d'eau. Une dialectique constante entre l'impératif utilitaire et la somptuosité royale. Henri IV avait bien entamé la réflexion, par l'entremise de Sully, mais c'est bien la veuve et régente qui impulsa le projet à partir de 1612, confiant sa réalisation à des maîtres d'œuvre tels que Jean Coingt puis Jean Gobelain. Le jeune Louis XIII, par la pose solennelle de la première pierre du grand regard de Rungis en 1613, apportait une caution dynastique à un ouvrage avant tout pragmatique. L'ingénierie déployée alors, bien que s'inscrivant dans la longue tradition des aqueducs gravitaires, force une certaine considération. Principalement souterrain sur ses près de treize kilomètres d'origine, l'aqueduc révélait une galerie d'un mètre de large pour 1,75 mètre de hauteur, une voûte en plein cintre d'une robustesse éprouvée, bâtie de meulière et de caillasse, scandée de chaînages en pierre de taille. L'eau s'y écoulait par une cunette de section carrée, conçue pour un acheminement efficace. Seule sa traversée de la vallée de la Bièvre, entre Arcueil et Cachan, nécessita une émergence monumentale : le pont-aqueduc, œuvre de Thomas Francine et Louis Métezeau. Dix-huit travées, dont neuf arches en plein cintre, s'y déploient, empruntant non sans ironie le site antique de l'aqueduc gallo-romain de Lutèce, comme si l'histoire de l'approvisionnement en eau de Paris était vouée à des superpositions successives, celle de l'aqueduc de la Vanne le confirmant au XIXe siècle en s'enracinant sur ses piles. Les regards, ces édicules qui ponctuent la surface du sol, sont autant de portes d'accès vers cette artère vitale. Chaque regard, tel le n°4, abritait un bassin destiné à l'oxygénation et à la sédimentation des impuretés, un mécanisme simple mais essentiel à la qualité des eaux. Certains, comme le remarquable château d'eau de l'Observatoire – devenu la Maison du Fontainier – témoignent d'une fonction plus complexe : non seulement logis du responsable, mais véritable carrefour hydraulique distribuant l'eau au roi, à la ville, aux communautés religieuses, et, par un système de concessions, à des particuliers fortunés. Il est à noter que l'architecture de certains de ces regards parisiens, à l'instar du n°25 inspiré du mausolée de Cyrus, confère une touche d'érudition inattendue à une infrastructure d'abord fonctionnelle. Initialement réputées pour leur limpidité, les eaux de Rungis et des sources avoisinantes collectées furent longtemps un gage de salubrité, même si leur forte teneur calcaire en limitait d'autres usages. Le temps, hélas, n'épargne rien. L'urbanisation effrénée du XXe siècle, avec son cortège d'infrastructures et d'activités, a fini par compromettre cette pureté originelle. L'aqueduc, bien que toujours en fonction et propriété de la Ville de Paris, ne capte plus aujourd'hui qu'une fraction résiduelle de ses sources historiques, celles de Rungis étant taries. C'est là une leçon de modestie imposée à l'ingénierie humaine : l'ouvrage traverse les siècles, mais l'environnement qui le nourrit se mue, parfois irrémédiablement. Les segments parisiens déclassés, transformés en caves ou abris anti-aériens, sont une ultime matérialisation de cette adaptation silencieuse, presque un recyclage de l'utile dans le caché.