Voir sur la carte interactive
Théâtre des Variétés

Théâtre des Variétés

7 boulevard Montmartre, Paris 2e

L'Envolée de l'Architecte

L'édification du Théâtre des Variétés, en cette année 1807, relève moins d'une impulsion esthétique audacieuse que des impératifs d'un régime impérial et de la ténacité d'une figure singulière : Mlle Montansier. Chassée des arcades du Palais-Royal par décret napoléonien, non sans quelque ironie au vu de son âge avancé, elle obtint l'autorisation et le soutien nécessaires à l'établissement de son nouveau foyer dramatique sur le boulevard Montmartre, au sein même des jardins démantelés de l'ancien hôtel de Montmorency-Luxembourg. Cette genèse, ancrée dans la politique et la persévérance, confère à l'édifice une patine historique particulière, celle d'un théâtre né d'une volonté de survie et d'adaptation. Œuvre des architectes Jacques Cellerier et Jean-Antoine Alavoine, le Théâtre des Variétés arbore une façade ordonnancée, typique de l'esthétique néoclassique de l'Empire, dénuée de fioritures excessives. Sa structure reflète avant tout une pragmatique efficacité. Le traitement de la façade, épuré, devait s'intégrer harmonieusement à l'urbanisme haussmannien naissant, sans prétendre à l'éclat des grandes commandes impériales. Le vestibule, conçu comme un sas, mène à une salle dont la configuration traditionnelle – corbeilles, balcons, paradis – est intrinsèquement liée à la fonction théâtrale de l'époque, favorisant la visibilité et l'acoustique pour un public éclectique. Il s'agissait de loger le spectacle populaire, non d'élever un temple des Muses. L'on discerne dans cette architecture une honnête exécution, sans génie transcendant, mais une solidité fonctionnelle qui lui a permis de traverser les âges. L'histoire du lieu est un palimpseste des évolutions culturelles parisiennes. Après une ouverture au vaudeville de Désaugiers, c'est ici qu'Offenbach, en 1864, créa *La Belle Hélène*, inaugurant une ère de succès pour l'opéra-bouffe qui allait redéfinir l'identité du théâtre et lui conférer une aura de gaieté frivole, non sans une certaine profondeur satirique. Plus singulièrement encore, durant le siège de Paris en 1870, l'édifice abandonna temporairement sa vocation première pour se transformer en « ambulance », témoignant d'une remarquable adaptabilité face aux drames de l'histoire. Il est également notoire que c'est aux Variétés que fut projeté en 1907 *L'Enfant prodigue*, l'un des premiers longs métrages européens, marquant ainsi le passage du théâtre à l'ère du cinéma, non sans une certaine ironie pour un lieu dédié au spectacle vivant. Sa place dans la culture ne se limite pas à ses représentations. Émile Zola immortalisa le Théâtre des Variétés dans *Nana*, en faisant le cadre des débuts fracassants de son personnage éponyme, transformant ainsi ses murs en miroir des ambitions, des triomphes et des désillusions de la société du Second Empire. Classé monument historique en 1974 pour sa façade et son vestibule, puis inscrit pour sa salle, l'édifice n'est pas tant célébré pour une audace architecturale intrinsèque que pour sa longévité exceptionnelle et son rôle incessant de témoin et d'acteur des métamorphoses du spectacle parisien. Il demeure, avec une certaine dignité, l'un des survivants les plus illustres de la scène théâtrale de la capitale.