1 rue de Périgord, Toulouse
La chapelle des Carmélites de Toulouse représente un cas d'étude singulier, seule rescapée d'un couvent démantelé lors des tourmentes révolutionnaires. Érigée au XVIIe siècle, elle témoigne d'une persévérance monastique certaine, les premières religieuses ayant réussi à s'établir en 1625, sous l'égide de la reine mère Marie de Médicis, après un exode de Bordeaux. L'inauguration de la chapelle elle-même fut orchestrée avec un certain faste, la première pierre étant posée en 1622 par un Louis XIII accompagné d'Anne d'Autriche. Le roi, avec une générosité royale peut-être plus affirmée en intention qu'en actes, avait promis une somme substantielle de vingt-cinq mille livres, engagement dont la non-tenue fut compensée par la dévotion et la fortune d'un Guillaume de Rességuier. Didier Sansonnet en fut l'architecte, livrant un édifice en 1643. Son plan, d'une simplicité fonctionnelle, se déploie en une nef unique articulée sur quatre travées, se concluant par une abside à trois pans. Les dimensions — vingt-neuf mètres de long, dix mètres quatre-vingts de large, onze mètres quatre-vingts de haut — confèrent à l'espace une proportion modeste mais contenue. L'aménagement intérieur répondait aux exigences de l'ordre, avec le chœur des moniales discrètement séparé par des grilles et des rideaux, garantissant leur clôture. Le lambris de chêne en berceau surbaissé de la voûte, soutenu par des ogives dont les retombées sont ornées de culots attribués à Jean-Pierre Rivalz dès 1676, offre une sobriété chaleureuse, tandis que les huit fenêtres hautes dispensent une lumière parcimonieuse. La façade, avec son fronton triangulaire et sa niche abritant une Vierge à l'Enfant plus récente, dégage une austérité presque trompeuse au regard de la richesse intérieure. L'oculus central fut d'ailleurs obturé, signe que l'ornementation picturale prit le pas sur la simple illumination zénithale. Si le mobilier d'origine, tel le retable de Pierre Affre ou l'autel de marbre d'Étienne Rossat, a disparu, c'est la parure picturale qui fait aujourd'hui la renommée du lieu. Un programme iconographique, dont la conception initiale est attribuée à Sœur Marie-Louise de la Miséricorde, fut d'abord esquissé par Jean-Pierre Rivalz, puis magnifiquement repris et complété, entre 1737 et 1752, par Jean-Baptiste Despax, un de ses élèves les plus prometteurs. Ce dernier, après un séjour formateur à Paris, y incorpora des influences de Jouvenet, Lemoyne et Coypel, conférant à l'ensemble une densité narrative remarquable. Les murs de la nef déploient un cycle glorifiant l'ordre des Carmes, de la filiation prophétique d'Élie et Élisée à la dévotion mariale et à la célébration de Sainte Thérèse d'Ávila. L'Apothéose de sainte Thérèse sur la contre-façade, les scènes bibliques des travées, l'Annonciation au centre de l'abside, encadrée par l'Adoration des bergers et des mages, composent une véritable fresque théologique. Despax prolongea même l'iconographie sur la demi-coupole et autour des fenêtres hautes, où il figura des vertus contemplatives et théologales, faisant de la chapelle une véritable catéchèse murale. Les coûts de cette entreprise, notamment les quatorze mille quatre-vingt-deux livres dépensées pour la décoration entre 1749 et 1751, attestent de la volonté de magnificence, malgré les promesses royales non tenues. Après sa survie miraculeuse à la Révolution, la chapelle connut diverses fortunes : dépôt des œuvres au Muséum du Midi, puis à la cathédrale, avant de servir de chapelle au grand séminaire et enfin de musée de moulages pour l'Université. Ces avatars successifs ont malheureusement nécessité de multiples restaurations, comme celles menées par Roques, Julia et Bénezet, pour maintenir l'éclat de ces toiles qui furent parfois agrandies ou remplacées. Elle fut rouverte au public en 1975, puis refermée en 1982 à la suite d'actes de vandalisme, avant de retrouver son rôle de lieu de visite en 1993, offrant ainsi un témoignage précieux de l'art sacré toulousain du XVIIIe siècle, par-delà les vicissitudes des siècles.