5e arrondissement, Lyon
L'odéon de Lugdunum, adossé à la colline de Fourvière, offre un témoignage singulier de l'urbanisme romain, constituant un couple archéologique d'une certaine rareté avec le théâtre voisin. Érigé probablement à la fin du Ier ou au début du IIe siècle, cet édifice, d'un diamètre extérieur de soixante-treize mètres, n'était pas destiné aux clameurs populaires mais plutôt aux déclamations poétiques, aux joutes oratoires et aux concerts, reflétant ainsi une dimension plus élitiste de la vie culturelle romaine. Sa capacité, estimée entre deux mille cinq cents et trois mille spectateurs, le situait comme un lieu de rassemblement pour les notables de la cité, loin de la grandiloquence du théâtre. L'architecture de la cavea, autrefois parée de pierre blanche, s'appuie habilement sur le dénivelé naturel du site, ses seize rangées de gradins inférieures étant séparées d'une précinction et d'une série supérieure de sept gradins, aujourd'hui en grande partie disparus. L'épaisseur considérable du mur d'enceinte, atteignant jusqu'à six mètres quarante-cinq, avait jadis laissé supposer une couverture partielle de l'édifice, une sorte de theatrum tectum, hypothèse séduisante mais restée sans preuves archéologiques formelles. L'orchestre, cœur névralgique de la représentation, se distinguait par son luxueux pavement en opus sectile, une marqueterie de marbres précieux importés d'Égypte, de Grèce ou d'Italie, tels le porphyre rouge, le marbre jaune antique ou la brèche violette, témoignant de la richesse de la colonie. Le pulpitum, ce petit mur séparant la scène de l'orchestre, était sans doute orné de bas-reliefs, dont certains fragments, miraculeusement rescapés d'un four à chaux médiéval, dépeignent des Amours vendangeurs, illustration d'un style décoratif fort prisé à l'époque. On rappellera l'ingéniosité du système de rideau, qui s'abaissait dans une fosse à l'entame du spectacle, une inversion notable par rapport à nos pratiques contemporaines. L'abandon de la colline de Fourvière à la fin de l'Empire entraîna le démantèlement progressif de l'odéon, ses pierres servant de carrière pour les constructions médiévales, une destinée commune à nombre de monuments antiques. Ce n'est qu'à partir du XVIe siècle que les vestiges, alors connus comme les « Grottes des Sarrasins », suscitèrent l'intérêt des érudits. La controverse fut longue et parfois savoureuse, les ruines étant tour à tour identifiées comme un théâtre, un amphithéâtre des martyrs, voire le palais du gouverneur romain. Les débats s'étirèrent sur des siècles, nourris par des interprétations parfois hasardeuses, jusqu'aux fouilles d'envergure débutées en 1933, qui révélèrent simultanément le grand théâtre et l'odéon, mettant un terme définitif aux conjectures. Aujourd'hui, intégré au parc archéologique de Fourvière, l'odéon a retrouvé une nouvelle vie, non plus pour les lectures élitistes mais comme scène pour les Nuits de Fourvière, offrant une résonance contemporaine à ce vestige d'une grandeur passée.