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Collège-lycée Ampère

Collège-lycée Ampère

31 rue de la Bourse, 2e arrondissement, Lyon

L'Envolée de l'Architecte

Le Collège-lycée Ampère, à Lyon, offre un cas d'étude fascinant de la persistance institutionnelle à travers les âges, bien au-delà des contingences politiques et des transformations urbaines. Cet établissement, dont les origines remontent au Collège de la Trinité en 1519, illustre une remarquable adaptabilité fonctionnelle et architecturale. Il débuta comme une école de confrérie, évoluant rapidement vers une institution municipale ouverte, et se distinguant même par l'accueil de jeunes filles, une audace pour le XVIe siècle, dont les figures de Louise Labé et Pernette du Guillet témoignent de cette précoce mixité. L'arrivée des Jésuites en 1565 marqua un tournant majeur. Confrontés à des bâtiments jugés trop modestes, ils initièrent un vaste programme de reconstruction. Le projet d'Étienne Martellange, au début du XVIIe siècle, donna naissance au Grand Collège, un corps de bâtiment dont l'ordonnancement puisait dans les principes de l'architecture baroque de la Contre-Réforme, alors en pleine affirmation. La Chapelle de la Trinité, édifiée entre 1617 et 1622, en est le spécimen le plus achevé, une des premières expressions de ce style à Lyon, avec une volumétrie claire et une façade articulée. Elle bénéficia par la suite d'embellissements significatifs au XVIIIe siècle, notamment sous l'impulsion des Delamonce, père et fils, qui enrichirent son intérieur de parements de marbres polychromes et d'une tribune chorale. La chapelle, classée monument historique mais un temps délaissée au point de servir de gymnase, est aujourd'hui restaurée et accueille des manifestations culturelles, un destin commun à bien des édifices religieux désacralisés. L'incendie de 1644, qui dévasta une partie du collège, permit à Simon Maupin de reconstruire et d'adapter certaines sections, ajoutant une nouvelle strate d'intervention architecturale à l'ensemble. Ces extensions successives firent du collège un véritable complexe, intégrant un observatoire astronomique érigé sur le porche de la grande chapelle en 1702, des bibliothèques, un théâtre et diverses chapelles de congrégations, telles celles de l'Assomption, de la Visitation et de la Purification de la Vierge. Chacune de ces chapelles, aux décors parfois somptueux comme l'autel de Thomas Blanchet ou les trompe-l'œil de Jean-Antoine Morand, connut des métamorphoses radicales. La chapelle de l'Assomption devint un amphithéâtre de chimie sous la direction de René Dardel avant de servir de réfectoire. Les chapelles de la Visitation et de la Purification furent transformées en école de dessin, usine de boutons, puis en amphithéâtre de sciences, avant d'abriter des salles de gymnastique ou des locaux associatifs, témoignant d'une réaffectation continue des espaces selon les besoins et les époques. Après le départ des Jésuites en 1763, les Oratoriens prirent le relais, ajoutant une aile le long du quai du Rhône, prolongeant la bibliothèque avec une terrasse, un geste architectural pragmatique. La Révolution vit l'édifice se muer en École Centrale, et même servir de cadre à la Consulte de Lyon en 1802, où Bonaparte fut désigné Président de la République italienne, une résonance historique inattendue pour une chapelle jésuite. Rebaptisé Lycée Impérial, puis Collège Royal, il devint finalement Lycée Ampère en 1888, rendant hommage au physicien lyonnais. L'édifice, riche de ces strates architecturales et historiques, présente aujourd'hui une configuration complexe, où l'austérité de certains corps de bâtiment répond à la grandiloquence mesurée du baroque jésuite, le tout traversé par les ajouts et mutilations des siècles. Il est, en somme, une chronique de l'évolution pédagogique et urbaine de Lyon, un lieu où la fonction éducative a constamment remodelé l'espace, avec une ingéniosité parfois forcée, mais toujours efficace. L'établissement reste un acteur éducatif majeur, dispensant des enseignements variés, y compris des langues rares, perpétuant ainsi une tradition d'ouverture intellectuelle amorcée il y a cinq siècles, loin des classements scolaires parfois futiles qui occupent nos contemporains.