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Immeuble au 26, allée de la Robertsau

Immeuble au 26, allée de la Robertsau

26, allée de la Robertsau, Strasbourg

L'Envolée de l'Architecte

L'Allée de la Robertsau à Strasbourg offre, à quelques numéros d'intervalle, une instructive confrontation de tendances architecturales du début du XXe siècle. Au numéro vingt-six, l'on découvre un édifice dont le style est qualifié d'historicisant, une appellation qui dissimule souvent une certaine prudence ou, à tout le moins, une aspiration à la grandeur passée. L'inspiration y puise à la fois dans l'exubérance du baroque allemand et la rigueur mesurée du classicisme français, une synthèse qui, sans révolutionner le langage formel, cherchait sans doute à établir un certain prestige. Commandé en 1905 aux architectes Frantz Lütke et Heinrich Backes, il fut curieusement achevé en 1909 par Emil Widmann. Cette transition, sans être rare, peut parfois traduire des ajustements de vision, des contraintes budgétaires ou une simple répartition des tâches, laissant l'observateur s'interroger sur l'évolution du projet initial. Cependant, la véritable curiosité de ce bâtiment réside en son cœur : un ascenseur panoramique en verre, mû par l'électricité, installé dès 1910. Cette audace technologique et esthétique, permettant une vision imprenable sur les étages et la cage d'escalier, contraste singulièrement avec l'enveloppe extérieure, résolument ancrée dans un passé revisité. Elle témoigne d'une époque où le progrès technique s'immisçait dans l'ordonnancement classique, offrant un luxe et une modernité alors considérables. Les façades, toitures, vestibule, cage d'escalier et cet ingénieux ascenseur sont d'ailleurs dûment inscrits au titre des monuments historiques depuis 2009, soulignant la reconnaissance de cette hybridation architecturale. Plus loin, au numéro cinquante-six, l'immeuble dit hôtel Cromer, œuvre de ces mêmes Frantz Lütke et Heinrich Backes entre 1902 et 1904, offre un tout autre spectacle. Ici, point d'hésitation entre les styles : l'Art Nouveau s'y déploie avec une expressivité plus affirmée. Conçu pour le maître boulanger Georges Cromer, l'édifice arbore les courbes végétales, les ferronneries délicates et les ornementations caractéristiques de ce mouvement, cherchant à rompre avec les canons académiques pour célébrer la vitalité des formes naturelles. L'on y perçoit une volonté d'intégration des arts décoratifs à l'architecture, chaque détail contribuant à l'harmonie d'un ensemble. L'Art Nouveau, bien que parfois décrié pour son exubérance, a su, ici, conférer une identité forte et singulière à cette résidence bourgeoise. Les façades et toitures ont bénéficié d'une inscription précoce aux monuments historiques dès 1975, signe d'une appréciation plus rapide de ce courant distinctif. Ces deux adresses, à quelques années et centaines de mètres d'écart, dessinent ainsi le portrait d'une ville en pleine effervescence, où les commandes privées oscillaient entre la réaffirmation d'un héritage et l'embrassement des nouveautés. La Neustadt, ce laboratoire urbain de l'époque wilhelminienne, y trouve là deux de ses multiples expressions, l'une témoignant d'une nostalgie mesurée, l'autre d'une aspiration à l'innovation formelle, le tout sous le regard attentif des institutions patrimoniales.