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Hôtel d'Angoulême Lamoignon

Hôtel d'Angoulême Lamoignon

24 rue Pavée, Paris 4e

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel d'Angoulême Lamoignon, sis à l'angle des rues Pavée et des Francs-Bourgeois, n'est pas tant un monument d'une seule main qu'un palimpseste architectural, dont la genèse complexe révèle les vicissitudes et les ambitions successives de ses commanditaires. Son attribution initiale à Philibert de l'Orme, bien que jadis débattue par certains érudits comme Jean Guillaume, semble aujourd'hui solidement étayée par les découvertes de Guy-Michel Leproux. L'architecte, en 1559, aurait esquissé pour François de Pisseleu un plan conforme à l'idéal de l'hôtel urbain qu'il théorisait dans son fameux *Premier tome de l'architecture*. De cette phase première, on retient le soubassement, un escalier central, une partie de l'aile sud, et surtout, une audacieuse toiture à petits bois, dite « à la Delorme », dont la conception novatrice n'alla pas sans générer des retards, voire des problèmes de réalisation. Une ingéniosité technique qui, à l'évidence, ne s'est pas toujours traduite en parfaite efficience constructive. Lorsque Jean Bodin de Montguichet en hérita, vers 1576, la toiture expérimentale de Delorme fut remplacée par une charpente plus conventionnelle, tandis qu'un nouveau pavillon sur cour venait altérer la façade. Les spéculations sur l'architecte de cette modification – Baptiste Androuet du Cerceau ou même Thibaut Métezeau – soulignent cette fragmentation de la paternité originelle. L'acquisition par Diane de France en 1584, fille légitimée d'Henri II, fut entravée par d'épineuses complications juridiques, témoignant des réalités prosaïques du patrimoine immobilier, même royal. Ce n'est qu'en 1611 qu'elle put parachever l'œuvre, hissant l'aile sud à sa hauteur définitive et assurant une symétrie bienvenue. Les ornements inspirés de son prénom, déesse chasseresse, parsemant frontons et plafonds – croissants de lune, têtes de cerfs – constituent des réminiscences charmantes, bien que convenues, de son goût. Au XVIIe siècle, l'hôtel passa aux Lamoignon, une famille dont le nom demeure associé à l'édifice. Guillaume Ier de Lamoignon y établit un salon littéraire réputé, où l'on croisait, dit-on, les esprits les plus vifs de l'époque : Madame de Sévigné, Boileau, Racine. Une période faste pour la conversation, si ce n'est pour l'innovation architecturale, l'intervention de Robert de Cotte se bornant à quelques aménagements intérieurs. Le portail de 1718, orné de deux enfants nus symbolisant la Vérité et la Prudence, encadrant le monogramme des « L » entrelacés, constitue une discrète auto-célébration de la famille Lamoignon. L'échauguette du début du XVIIe siècle, reposant sur trois trompes et deux encorbellements, reste un élément de pittoresque, et l'inscription « S.C. » un vestige de l'ancien couvent Sainte-Catherine. Après les Lamoignon, l'hôtel connut diverses fortunes : il abrita la première bibliothèque publique de Paris, léguée par le procureur Antoine Moriau en 1759, un geste d'une portée civique remarquable. Plus tard, il servit de résidence à Alphonse Daudet, devenant le centre de ses mondanités littéraires, avant d'accueillir, dans un curieux mélange des genres, le siège d'un fabricant d'alambics. Ce fut finalement la Ville de Paris qui, en 1928, en fit l'acquisition, orchestrant une restauration majeure entre 1955 et 1968 pour y loger la Bibliothèque historique de la Ville. L'extension en U côté cour, et la création de deux niveaux de sous-sol, dissimulés sous les fondations des bâtiments du XVIIIe siècle, sont des aménagements contemporains nécessaires, mais qui, il faut l'admettre, relèvent davantage de la fonctionnalité que de la poursuite d'une quelconque grandeur architecturale passée. L'édifice demeure ainsi un témoin éloquent d'une histoire parisienne stratifiée, où les strates du temps se superposent sans toujours se fondre avec une harmonieuse évidence.