Rue du Jeu-de-Paume, Versailles
Le numéro un de la rue du Jeu de paume, à Versailles, dissimule une architecture des plus modestes, dont la renommée ne tient guère à ses qualités intrinsèques, mais plutôt à l'événement qu'elle eut le privilège d'accueillir. Érigée en 1686 par un certain Nicolas Creté, cette salle, alors nommée « tripot », fut d'abord un espace ludique, conçu avec une rusticité toute fonctionnelle pour la pratique d'un sport en vogue auprès de l'aristocratie : le jeu de paume. Ses murs, peints en un noir rigoureux, n'avaient d'autre ambition que de faciliter la visibilité de la balle, tandis que le plafond, d'un bleu parsemé de lys, évoquait une décoration d'usage sans grande audace esthétique. Un volume simple, de vingt-neuf mètres sur dix, dépourvu de faste, où la relation entre le plein et le vide s'inscrivait dans une logique purement utilitaire, reflétant la simplicité structurelle d'un hangar sophistiqué destiné aux loisirs de cour. Son destin bascula de manière fortuite le 20 juin 1789. Ce lieu, à l'origine une distraction pour les nantis, se transforma en théâtre d'une révolution juridique, faute de mieux. Les députés du Tiers état, refoulés de l'Hôtel des Menus-Plaisirs, trouvèrent refuge dans cette enceinte prosaïque. Là, sur une table improvisée à partir d'une porte posée sur deux tonneaux, se scella un serment qui, bien plus que l'architecture elle-même, allait graver la salle dans la mémoire nationale. L'édifice, si humble fût-il, devint dès lors un reliquaire involontaire d'une promesse fondatrice. Jacques-Louis David tenta, avec son tableau inachevé, d'en fixer l'image mythique, conférant à ce modeste volume une aura qu'il n'avait jamais cherchée. Après avoir été déclarée bien national, l'idée d'un monument commémoratif plus imposant fut un temps envisagée, preuve de la difficulté à honorer un événement monumental par un bâti aussi peu grandiose. Le Second Empire, avec un cynisme non feint, la relégua même au rang de simple tripot pour officiers, une résurgence de sa fonction originelle, mais déchue, qui se solda d'ailleurs par une faillite. Il fallut attendre la Troisième République pour que l'on se décide à lui rendre sa dignité. Edmond Guillaume, architecte de Versailles, en fit, à partir de 1879, un véritable lieu de mémoire. Ses interventions furent significatives, transformant l'austère salle en un espace didactique. L'ajout d'un édicule dorique, coiffé d'un coq gaulois en bronze, et l'intégration de la statue de Jean Sylvain Bailly, ainsi qu'une fresque de Luc-Olivier Merson interprétant David, ne visèrent pas à embellir l'enveloppe originale, mais à la saturer de symboles. Le bâtiment, humble à l'extérieur, devint un réceptacle muséal, son intérieur se chargeant d'une narration historique dense, presque écrasante pour sa simplicité intrinsèque. La polychromie, notamment ce rouge pompéien, et les inscriptions, témoignaient d'une volonté de monumentaliser l'événement plutôt que de célébrer l'architecture première. Classée dès 1848, une singularité notable pour l'époque, cette salle a traversé les époques comme un témoin silencieux, restaurée en 1988 et à nouveau en 2021, toujours avec le souci de conserver l'état de 1883 voulu par Guillaume, qui est devenu, en soi, une couche historique. Le maintien de ce lieu, plus pour sa charge mémorielle que pour ses vertus esthétiques initiales, est une constante. Il demeure ainsi un exemple éloquent de la manière dont l'histoire, par ses accidents et ses impératifs politiques, peut conférer à un espace architectural des plus ordinaires une importance capitale, bien au-delà de ses qualités constructives.