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Hôtel d'Aligre

Hôtel d'Aligre

15 rue de l'Université, Paris 7e

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel d'Aligre, sis au 15, rue de l'Université, s'inscrit dans cette lignée d'hôtels particuliers parisiens qui, sans prétendre à l'éclat des grandes commandes royales, témoignent d'une architecture du Grand Siècle empreinte d'une certaine pragmatisme. Édifié en mil six cent quatre-vingt-un par le maître maçon Tape – une mention qui suggère une exécution plus qu'une conception de génie, ou du moins une modestie de reconnaissance pour un artiste dont l'œuvre s'ancre dans une tradition bien établie – il fut commandité par Jacques Laugeois d'Imbercourt, riche fermier général. Ce dernier, figure emblématique d'une bourgeoisie d'affaires en pleine ascension, cherchait, comme tant d'autres, à légitimer sa fortune par l'acquisition d'un prestige foncier et architectural, s'inscrivant dans le tissu urbain des quartiers en vogue. Il n'est d'ailleurs pas exclu que cet édifice ait remplacé une demeure préexistante, pratique courante à Paris où le foncier, même au XVIIe siècle, était affaire de réemploi et de valorisation. L'architecture de l'Hôtel d'Aligre, si elle ne révolutionne pas les canons de son temps, adopte vraisemblablement l'ordonnancement classique alors en vigueur : une façade sur cour d'honneur, sobrement articulée, faisant face à un corps de logis principal où se déploient les appartements de réception, et une façade sur jardin, plus intime. La pierre de taille, le grès, et l'ardoise en couverture composent une enveloppe matérielle qui, par sa robustesse et sa noblesse discrète, assurait une pérennité recherchée. La dialectique entre l'apparat extérieur, destiné à l'ostentation sociale, et l'intimité domestique des intérieurs, organisés autour des fonctions de la vie quotidienne et des réceptions, était alors au cœur de la conception de ces demeures. Son histoire postérieure révèle des strates d'occupations des plus remarquables. En 1881, le chirurgien Alfred Richet en fit l'acquisition, inaugurant une parenthèse d'un siècle où l'hôtel fut le creuset d'une illustre lignée intellectuelle et scientifique. On y vit vivre son fils, Charles Richet, prix Nobel de physiologie ou médecine en 1913 pour ses travaux sur l'anaphylaxie, puis son petit-fils et son arrière-petit-fils, ainsi que divers gendres de la famille, tous ancrés dans les élites savantes de leur temps. Ce fut un lieu de pensée et d'expérimentation, loin de la seule mondanité. Mais l'Hôtel d'Aligre est peut-être plus significativement connu pour avoir abrité, de 1883 à 1988, le siège de la vénérable Revue des deux Mondes. Pendant plus d'un siècle, ces murs furent le réceptacle des débats littéraires, politiques et philosopiques qui animèrent l'intelligence française, conférant à l'édifice une résonance culturelle bien au-delà de sa seule structure bâtie. L'inscription aux monuments historiques en 1996 n'est qu'une reconnaissance tardive, mais légitime, de la valeur patrimoniale d'un lieu qui, par ses occupants et son histoire, incarne une certaine essence du Paris des Lumières aux salons littéraires.