42 boulevard Saint-Michel, Paris 6e
L'édifice qui, aujourd'hui, s'élève au 44, boulevard Saint-Michel, sous l'appellation de Lycée Saint-Louis, n'est, à bien des égards, qu'un palimpseste architectural, une superposition d'intentions et de destructions qui en complexifient la lecture univoque. Sa fondation remonte, certes, à 1280, par la volonté de Raoul d'Harcourt, qui y établit un collège destiné, selon l'usage d'alors, aux écoliers pauvres des diocèses normands. Cet ancêtre, le Collège d'Harcourt, connut une trajectoire plus qu'honorable, s'affirmant comme un foyer intellectuel de premier plan, notablement janséniste et résistant à l'omniprésence jésuite, accueillant en ses murs des figures telles que Racine, Boileau ou Perrault. On raconte même que Voltaire, grand habitué des lieux grâce à son amitié avec l'abbé Asselin, y fit représenter sa pièce « La Mort de César » en 1735, inscrivant l'établissement dans l'histoire littéraire avant même la Révolution. Les statuts de 1311, d'une précision toute normative, définissaient déjà les quotas d'étudiants boursiers en arts et théologie, témoignant d'une organisation précoce et rigoureuse. Son opposition aux jésuites, dont le Collège de Clermont était le bastion voisin, ancre le lieu dans les débats intellectuels et religieux de son temps, par la figure de proviseurs proches de Pascal. Cette ère de rayonnement fut brutalement interrompue en 1793, lorsque la Convention nationale, par un geste d'une efficacité radicale, décréta la démolition de l'ensemble. Il fallut attendre 1814 pour qu'un nouvel édifice commence à s'élever sur ces fondations abolies, mais non sans une certaine hésitation programmatique, oscillant entre vocation éducative, maison de correction et même caserne, avant de se fixer, en 1820, comme le Collège royal Saint-Louis. Cette genèse morcelée, sous l'égide de plans initiés par J.-B. Guynet pour un lycée impérial, confère à la construction du XIXe siècle un caractère de compromis, peut-être plus fonctionnel que monumental, reflet des turbulences politiques et des priorités changeantes. L'inscription persistante « Ancien collège d'Harcourt » sur sa façade, obtenue après moult sollicitations, témoigne de cette quête de légitimité historique, comme si l'édifice peinait à assumer sa propre renaissance. C'est sous l'impulsion du baron Haussmann, dans les années 1860, que la façade du lycée connut une significative amputation de plus de cinq mètres, afin de s'aligner avec la nouvelle ordonnance du boulevard Saint-Michel. Les travaux, dirigés par Antoine-Nicolas Bailly, révélèrent alors, dans les entrailles du sol, d'improbables vestiges d'un théâtre antique, une découverte fortuite qui souligne l'épaisseur historique de ce quartier latin, où le passé romain côtoie sans crier gare les ambitions pédagogiques du Second Empire. Par ailleurs, en 1880, il fut même le creuset où trois de ses élèves se réunirent pour fonder ce qui allait devenir le prestigieux Stade Français, ajoutant une note athlétique à sa vocation intellectuelle. Au fil du temps, le Lycée Saint-Louis, dont la structure s'organise autour de cours intérieures permettant une respiration relative au sein d'un bloc urbain dense, a affiné sa spécialisation. Il est aujourd'hui singulier d'être l'unique lycée public français intégralement dévolu aux classes préparatoires aux grandes écoles, avec une prédominance marquée pour les filières scientifiques. Cette focalisation, loin de l'humanisme originel, l'a érigé en une institution d'excellence, reconnue pour ses résultats, aux côtés de ses illustres voisins, Henri-IV et Louis-le-Grand, sur la montagne Sainte-Geneviève. Ses infrastructures, si elles ne rivalisent pas d'audace architecturale, n'en sont pas moins adaptées à cette exigence, offrant CDI étendu et internat sur place. Il est à noter, comme ultime vestige tangible de son lointain passé, une porte subsistant de l'époque du Collège d'Harcourt, inscrite aux monuments historiques depuis 1926, une touche de patine historique au sein d'un ensemble résolument tourné vers la performance académique. Le lieu, comme la plupart des institutions parisiennes, a aussi servi de témoin et d'acteur des grands événements, des conflits mondiaux aux émeutes de Mai 68, se retrouvant par sa position stratégique au cœur des affrontements boulevard Saint-Michel. Cet établissement, plus qu'un simple bâtiment, incarne une certaine permanence de l'exigence intellectuelle française, malgré les ruptures et les mutations urbaines et pédagogiques.