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Église Saint-Paul

Église Saint-Paul

Rue Saint-Paul Place Gerson, 5e arrondissement, Lyon

L'Envolée de l'Architecte

L'église Saint-Paul de Lyon, que l'on qualifie volontiers d'ancienne, ne révèle d'emblée qu'un passé bien plus complexe qu'une simple chronologie. Attestée dès le IXe siècle, l'édifice originel a depuis longtemps cédé la place à des constructions successives, témoignant d'une volonté constante de refaçonner, d'agrandir, ou de réparer, plutôt que de conserver l'intégrité première. Ce que l'observateur perçoit aujourd'hui de plus archaïque remonte à la seconde moitié du XIIe siècle. Les parties romanes, achevées au XIIIe, affichent encore la robustesse de cette période : le portail Saint-Laurent, par exemple, invite à un examen attentif des modillons et des métopes, ces éléments sculptés qui, au-delà de leur fonction décorative, véhiculent parfois des symboliques dont le sens précis s'est étiolé avec le temps. La tour-lanterne, particularité architecturale fort prisée en terres romanes lyonnaises, constitue une élévation sobre mais efficace, assurant un éclairage zénithal à la croisée du transept, une solution à la fois pratique et esthétique. Le XVe et le XVIe siècle apportent leur lot de modifications gothiques, manifestes dans la reconstruction du clocher-porche et l'adjonction de chapelles latérales. Ces ajouts, souvent dictés par les besoins liturgiques ou les vœux des donateurs, viennent se greffer sur l'ossature romane, créant un dialogue parfois harmonieux, parfois plus contrasté, entre les périodes. Au XVIIe siècle, l'on voit même apparaître un portail d'ordre dorique, une incursion classique qui, placée sur une façade médiévale, ne manque pas de piquer la curiosité, révélant les préférences esthétiques d'une époque cherchant à concilier des héritages divergents. L'architecte Cyr Decrénice, au XVIIIe siècle, fut chargé de l'agrandissement de l'abside principale, une intervention qui, là encore, modifie l'équilibre originel au profit d'une vision plus ample de l'espace sacré. Le XIXe siècle, marqué par les affres de la Révolution et un évident manque d'entretien, fut une période de restaurations intenses. Claude-Anthelme Benoît, puis sa descendance, s'employèrent à redonner à l'édifice une dignité compromise. On notera, non sans un certain sourire, le remplacement en 1875 de la flèche de pierre détruite en 1817, par une nouvelle structure en bois – une solution plus pragmatique, sans doute, face aux contraintes économiques de l'époque. La campagne de 1898-1904, visant à déshabiller l'intérieur du plâtre qui l'encombrait depuis le XVIIIe siècle, est révélatrice d'une redécouverte, parfois brutale, des textures et des volumes médiévaux. Elle entraîna aussi la disparition des statues des Quatre Évangélistes de Jean-François Legendre-Héral, un sacrifice aux purismes restaurateurs, dont on peut regretter l'absence de certains éléments au nom d'une hypothétique vérité historique. Il est à noter que cette église fut la dernière demeure du théologien Jean Gerson, figure marquante du XVe siècle, dont la présence confère au lieu une profondeur historique et intellectuelle certaine. Classée monument historique, d'abord pour sa seule tour-lanterne en 1920, puis dans sa globalité en 1996, Saint-Paul témoigne d'une appréciation progressive de son intérêt patrimonial, même si cette reconnaissance arrive après des siècles de transformations parfois bienheureuses, parfois plus discutables. L'édifice, malgré ses multiples strates, demeure un jalon essentiel dans la compréhension de l'évolution architecturale lyonnaise, un assemblage de volontés et de styles, plutôt qu'une œuvre unitaire et intemporelle.