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Maison Charron

Maison Charron

17 allée Duguay-Trouin 1 place de la Petite-Hollande, Nantes

L'Envolée de l'Architecte

L'Île Feydeau, cette ambitieuse conquête urbaine sur les eaux de la Loire, vit s'ériger, dès 1740, la Maison Charron. Premier édifice d'envergure, elle occupait alors le lot numéro 24, acquis à prix d'or par Pierre Charron, un négociant et contrôleur des finances de l'époque. Sa conception se devait de suivre les rigoureux préceptes néo-classiques de l'ingénieur Jacques Goubert, avant même que ce code architectural ne s'assouplisse en 1743. La façade, d'une certaine dignité, présente les marqueurs attendus : un rez-de-chaussée, autrefois surmonté d'un entresol – hélas résorbé par l'inexorable élévation de la chaussée – et deux étages. Le premier étage est orné d'un balcon filant, dont le garde-corps en fer forgé, d'une facture soignée, repose sur un socle de granit soutenu par des consoles finement sculptées. Cependant, l'édifice n'observe pas une orthodoxie absolue ; la façade ouest déroge à la règle avec ses six travées au lieu des cinq prescrites, une liberté discrète mais notable. De même, le comble à toit brisé s'éloigne de l'inclinaison à quarante-cinq degrés envisagée par Goubert, témoignant d'une adaptation aux réalités constructives ou d'une certaine indépendance de l'entrepreneur. La stabilité du bâtiment, érigé sur des pilotis de chêne et reposant sur un radier pour ses murs intérieurs – une technique alors attribuée à Pierre Rousseau – fut dès l'origine une question délicate. On rapporte que les murs s'affaissèrent dès l'élévation, et les façades conservent encore aujourd'hui une légère inclinaison, preuve éloquente des défis techniques posés par un sol instable et des limites de l'ingénierie de l'époque. C'est dans cette demeure que s'éteignit en 1803 Jean Peltier Dudoyer, un armateur dont les activités, pour le moins substantielles, marquaient le dynamisme commercial nantais. La Maison Charron, inscrite en 1984, n'est pas seulement un monument historique ; elle est une leçon d'urbanisme du XVIIIe siècle, révélant la tension entre l'idéal de l'ordonnancement et les inévitables contingences du terrain et de la réalisation. Elle demeure une pièce essentielle, bien que non sans failles, du grand ensemble de l'Île Feydeau.