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Palais universitaire

Palais universitaire

9, place de l'Université, Strasbourg

L'Envolée de l'Architecte

Érigé entre mille huit cent soixante-dix-neuf et mille huit cent quatre-vingt-quatre, le Palais universitaire de Strasbourg témoigne d'une ambition architecturale et politique particulièrement affirmée. Conçu par le jeune Otto Warth, ce bâtiment de style néo-Renaissance s'inscrit dans la stratégie de l'Empire allemand de fonder une université moderne et rayonnante après l'annexion de l'Alsace-Lorraine. Plutôt qu'une célébration spontanée, il s'agit ici d'une démonstration de force, l'édifice remplaçant l'ancienne institution française pour affirmer une nouvelle hégémonie culturelle et intellectuelle. L'esthétique convoque ouvertement la Renaissance italienne, avec des façades évoquant le palais Pompéi de Vérone. Ce choix n'est pas anodin ; il s'agit d'une référence à une période d'efflorescence culturelle et d'affirmation de la puissance, un parallèle recherché par le commanditaire impérial. L'avant-corps médian, coiffé d'un groupe sculptural allégorique figurant Athéna, l'Esprit et la Nature, ainsi que la balustrade portant l'inscription LITTERIS ET PATRIAE, – pour les Lettres et la Patrie – ne laissent guère de doute sur la vocation éducative doublée d'une claire idéologie nationale. Les trente-six statues, principalement d'érudits germaniques, qui ponctuent les pavillons d'angle, renforcent cette lecture, offrant un panthéon qui, à l'exception notable de Calvin, revendique l'appartenance culturelle de l'institution. On notera, bien des décennies plus tard, le remplacement des statues de Germania et d'Argentina sur le fronton, un geste de réconciliation opportuniste marquant les anniversaires diplomatiques. L'intérieur, particulièrement l'aula, anciennement atrium, surprend par son ampleur. Cour couverte d'une verrière à l'italienne, elle s'inspire manifestement de la villa Garzoni, offrant un espace de lumière et de circulation dont la sophistication des voussures rappelle le grand salon du Palazzo Doria-Pamphili. C'est dans cet espace que l'on découvre, quelque peu hors de son contexte originel, une imposante statue de Ramsès II, ramenée d'Égypte en mille neuf cent trente-huit par Pierre Montet. Qualifiée par son découvreur de 'plus maussade' en raison de ses altérations, elle constitue une singulière curiosité, un fragment d'Orient ancien transplanté au cœur de l'érudition germanique puis française, témoignage des explorations archéologiques et du goût de l'exotisme académique de l'époque. Initialement conçu comme un pôle collégial pour les disciplines ne nécessitant pas d'instituts dédiés, le Palais universitaire est demeuré un lieu de savoir. Il accueille aujourd'hui des facultés d'arts, d'histoire et de théologie, ainsi que les Presses universitaires de Strasbourg. Le rez-de-jardin abrite la Gypsothèque, rassemblant depuis mille huit cent soixante-treize une remarquable collection de moulages antiques, offrant aux étudiants une confrontation concrète avec les canons de la statuaire grecque et romaine. Son classement au titre des Monuments historiques, pour ses façades extérieures et pour ses décors intérieurs, souligne la valeur patrimoniale d'un ensemble qui fut, en mille neuf cent quarante-neuf, le siège de la première session du Conseil de l'Europe, un symbole de sa capacité à transcender les intentions initiales de ses bâtisseurs pour devenir un acteur des rapprochements européens. Le Palais U s'inscrit ainsi comme la pièce maîtresse d'un vaste campus historique, entouré d'instituts scientifiques et du jardin botanique, un urbanisme universitaire ambitieux qui définit encore aujourd'hui une part significative de la Neustadt strasbourgeoise.