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Manoir de la Hautière

Manoir de la Hautière

14 rue Claude-Guillon-Verne, Nantes

L'Envolée de l'Architecte

Le Manoir de la Hautière, à Nantes, n'est point un de ces édifices qui imposent par une unité stylistique éclatante, mais plutôt une stratification historique d'une remarquable humilité. Érigé vers la fin du XIVe siècle, il se compose, singulièrement, de trois maisons accolées, un agencement qui dénote moins une intention architecturale grandiose qu'une accumulation organique. Les matériaux, granit, schiste et tuffeau, témoignent d'une construction locale, pragmatique. La façade orientale, avec ses quinze ouvertures irrégulières, déroge délibérément à toute velléité d'ordonnancement classique, offrant plutôt le spectacle d'un bâti s'adaptant aux contingences, comme en attestent les lucarnes en tuffeau du XVe siècle, percées et ornées avec une certaine rusticité. On y distingue même deux portes de style roman, dont la présence dans un édifice de cette période suggère une réutilisation habile ou une influence persistance des modes constructives antérieures. L'histoire des lieux est d'ailleurs une suite de reconversions, presque une ode à la polyvalence forcée. Ce petit manoir seigneurial, dont le premier propriétaire connu fut un certain Guillaume Boislève, eut l'étrange privilège d'accueillir des têtes couronnées. Henri IV, lors de la signature de l'Édit de Nantes, y fit halte en 1594, suivi par Louis XIV en 1661, qui y passa une nuit à l'occasion des États de Bretagne. Ces visites royales, si elles confèrent une patine illustre au lieu, contrastent avec la modestie intrinsèque de son architecture. On imagine mal ces monarques habitués aux fastes de Versailles ou du Louvre, se contenter sans un certain flegme de ces murs hétéroclites. La famille Carré de Lusançay l'acquiert en 1709, mais la Révolution n'épargne pas le manoir, transformé en prison où l'amiral du Chaffaut rendra l'âme en 1794. Une transformation abrupte qui souligne la fragilité du statut d'une demeure face aux convulsions de l'histoire. Revenu à la famille sous l'Empire, l'édifice amorce une longue période de changements de propriétaires, de la famille de Saint-Pern à Édouard Thominé, puis aux Gaboriaud. Lors du conflit franco-prussien de 1870, il servira même de point de ralliement aux volontaires nantais, témoignant de sa capacité à se muer en structure d'accueil d'urgence, une vocation qu'il retrouvera d'ailleurs durant les deux Guerres Mondiales, abritant des réfugiés. La commune de Chantenay-sur-Loire, en 1906, y installa les services d'octroi, le reléguant au rang d'outil administratif avant que la ville de Nantes n'en hérite. Sa reconnaissance par une inscription aux monuments historiques en 1926, survint curieusement avant une période d'abandon après 1945, une sorte de prémonition face à son déclin. Mais l'histoire de la Hautière est aussi celle d'une résilience. En 1968, l'Union Compagnonnique s'en est emparée, y installant un lieu d'exposition des œuvres et vieux outils. Le porche abritant un escalier tournant menant à un appartement doté d'une cheminée monumentale, ou la présence d'une tour hexagonale à l'ouest, anciennement coiffée d'un toit pointu, sont autant de détails qui trahissent une volonté d'apparat, certes modeste, mais présente. Quant à la suggestion que la partie sud ait pu être un atelier d'alchimie, elle ajoute une touche de mystère et d'érudition populaire à ce bâti qui, faute de splendeur unifiée, offre une riche chronique des vies qu'il a abritées et des fonctions qu'il a endossées au fil des siècles. C'est un édifice qui, sans être un chef-d'œuvre de conception, s'est imposé comme un sédiment des usages, une mémoire de pierre.