2 quai Chauveau, 9e arrondissement, Lyon
Le Clos des Deux-Amants, un nom empreint d'une mélancolie antique, désigne un site lyonnais dont l'identité fut, d'emblée, marquée par l'éphémère. Dès 1707, le tombeau romain éponyme, gênant la circulation, fut démoli sans révéler davantage de ses secrets, annonçant une histoire de transformations incessantes plutôt qu'une pérennité architecturale. C'est sur ces lieux riverains de la Saône, au pied de Fourvière, que s'établit d'abord le couvent des Cordeliers de l'Observance, fondé par Charles VIII en 1492. De cette première église gothique et de son cloître à deux ailes, maintes fois honorés par des visites royales, il ne subsiste aujourd'hui rien, sinon le souvenir d'une architecture médiévale balayée par les soubresauts de l'histoire, notamment les ravages calvinistes de 1562 et les vibrations des tirs de canons royaux qui, dès 1667, ébranlèrent ses structures. Sa démolition en 1846 en scella le sort. Un siècle et demi après les Cordeliers, en 1657, le monastère des Franciscaines de Sainte-Élisabeth prit pied sur une partie contiguë de ce clos. L'initiative de Mère Madeleine du Sauveur permit l'acquisition de terrains et de bâtiments préexistants, complétés par une aile nouvelle dont l'archevêque de Lyon posa la première pierre en 1675. C'est à cette époque que des maîtres maçons tels que Mathieu Chavagny, Jean Seyty et Georges Lourdan, ainsi que des maîtres charpentiers et serruriers, contribuèrent à ériger des corps de bâtiments dont seuls les rez-de-chaussée de l'aile nord et d'une section du corps principal témoignent encore de cette phase conventuelle. Le site, décrit en 1691 comme un lieu de douce quiétude, avec son jardin et sa colline boisée offrant des vues sur la Saône, illustre cette recherche d'un équilibre entre proximité urbaine et nécessaire solitude monastique. La Révolution, comme souvent, fut un grand déclencheur de reconversions. En 1795, les lieux accueillirent l'École nationale vétérinaire de Lyon. Cette institution transforma profondément le bâti, mobilisant une succession d'architectes, de Claude Ennemond Balthazar Cochet pour les premiers plans, à des figures plus tardives comme Tony Garnier dans les années 1930, qui y conçut des bâtiments de clinique et d'enseignement. Ses contributions, ainsi que celles de Pierre Bourdeix dans les années 1950, inscrivent le site dans une modernité fonctionnelle, loin de ses origines contemplatives. Le potager monacal fit place à un jardin botanique et médicinal, signalant une mutation pragmatique de l'espace extérieur. C'est d'ailleurs dans cette période que la grille Louis XV, issue du château de la Balme de Bouhans, fut installée en 1826, apportant un élément décoratif d'un faste incongru à l'entrée d'une école de science appliquée. Aujourd'hui, le site accueille le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Lyon. Cette dernière métamorphose, opérée en 1988, a su réaffecter avec une certaine ingéniosité les espaces existants. La médiathèque Nadia-Boulanger trouve sa place dans l'ancienne bibliothèque vétérinaire, et, détail savoureux, la salle de concert d'orgue occupe le lieu même où fut pratiquée la première césarienne sur une jument. L'architecture actuelle se déploie autour d'un bâtiment principal en U, articulé sur quatre niveaux, avec un corps de portique fermant la cour et un amphithéâtre en plan cintré. L'avant-corps central, couronné d'un fronton, tente d'imposer une certaine solennité à un ensemble composite, mêlant des vestiges du XVIIe siècle aux ajouts successifs des écoles vétérinaires. Les jardins, une fois encore redessinés, évoquent l'ancien jardin médicinal au nord et offrent à l'ouest une série de terrasses étagées, rappelant que ce site, perpétuellement réinventé, demeure un témoignage éloquent de la persévérance urbaine et de la capacité d'adaptation des structures bâties face aux flux et reflux des besoins sociétaux.