60 rue Jean-de-La-Fontaine, Paris 16e
L'Hôtel Mezzara, achevé par Hector Guimard en 1911, ne s'inscrit pas dans la fougue initiale et parfois exubérante de l'Art nouveau qu'il avait lui-même incarnée. Il témoigne plutôt d'une phase de maturation stylistique, où la ligne organique demeure, certes, mais s'affine, se discipline, voire se fait discrète, préludant avec une certaine clairvoyance à des sensibilités plus contenues. C'est un bâtiment pensé pour Paul Mezzara, industriel du textile et créateur de dentelles, ce qui lui confère d'emblée une vocation singulière : celle d'un écrin pour l'exposition et la vente. Une forme de showroom avant l'heure, destiné à un événement majeur – l'exposition d'arts décoratifs – qui, ironie de l'histoire, fut repoussée pour cause de Grande Guerre. L'édifice se distingue par une organisation spatiale résolument tournée vers l'intérieur. Le grand hall central, irrigué par une verrière zénithale, constitue le cœur battant de la demeure, orchestrant la lumière et la circulation. C'est là que les créations de Mezzara devaient être sublimées par une clarté maîtrisée, loin des contingences du jour parisien. Les structures architectoniques y déploient une souplesse manifeste, les moulures organicistes y sont d'une élégance retenue, tandis que les vitraux, par leur tendance à l'abstraction pré-Art déco, signalent une évolution esthétique notable chez Guimard. Le mobilier de la salle à manger, dessiné par l'architecte lui-même, en est un témoignage précieux, conférant à cet ensemble une cohérence rare. Paul Mezzara n'y résida que deux brèves années, soulignant cette propension des monuments à déjouer les intentions initiales de leurs commanditaires. L'existence de l'Hôtel Mezzara fut ensuite celle d'une errance fonctionnelle, le transformant en établissement scolaire puis en annexe d'internat pour lycéennes, un destin bien éloigné des aspirations d'une demeure d'artiste décorateur. Cette capacité de l'architecture à être dévoyée de son dessein premier est une constante fascinante. Classé monument historique après avoir servi d'écrin au cinéma – un film de Stephen Frears y fut tourné, lui offrant une visibilité inattendue –, il fut jugé un temps par l'administration « inutile au service public ». Une désignation particulièrement lapidaire pour une œuvre d'art. Heureusement, l'insistance d'associations et la prise de conscience des autorités ont conduit à un revirement inespéré. Après des années de vacance et d'incertitude quant à son avenir, cet hôtel particulier, qui fut un manifeste inachevé du style 1910, est désormais promis à devenir le Musée Guimard. Une consécration tardive pour un édifice qui, par sa discrétion apparente et sa sophistication intrinsèque, incarne une étape cruciale dans la trajectoire de son créateur et de l'Art nouveau finissant. Il est à espérer que cette nouvelle vocation saura honorer l'esprit de Paul Mezzara et la finesse de l'architecture guimardienne.