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Fontaine de Montreuil

Fontaine de Montreuil

Rue du Faubourg-Saint-Antoine, Paris 11e

L'Envolée de l'Architecte

La Fontaine de Montreuil, ou de la Petite-Halle, se manifeste non pas comme une effigie triomphale de la puissance royale, mais plutôt comme une expression pragmatique, quoique soignée, de l'édilité publique au début du XVIIIe siècle. Érigée en 1719, à l'initiative d'une municipalité soucieuse de l'approvisionnement en eau, elle est l'œuvre de Jean Beausire, dont la carrière fut moins marquée par les envolées grandioses que par la régularité et la fonctionnalité, qualités appréciables pour un inspecteur des bâtiments et fontainier du roi. Son implantation, stratégique, à la jonction des anciennes routes de Vincennes et de Montreuil, face à l'abbaye Saint-Antoine-des-Champs, soulignait son rôle vital pour le faubourg alors en pleine effervescence. C'était là, au cœur d'un quartier d'artisans – ébénistes, tapissiers – que l'eau puisée dans cette structure simple mais élégante contribuait à la vie quotidienne, bien au-delà de sa seule valeur esthétique. L'anecdote voulant que le très jeune Louis XV, âgé d'à peine neuf ans, en posât la première pierre, confère à l'ouvrage une légitimité royale, sans pour autant le hisser au rang des commandes royales majeures, ce qui en dit long sur la hiérarchie des préoccupations architecturales de l'époque. Architecturalement, la fontaine est un exemple épuré, presque didactique, du classicisme persistant sous la Régence. Le parti pris est celui d'un bâtiment isolé, de plan carré, taillé dans une pierre dont la noblesse contrastait avec l'humble fonction. Chaque façade est ordonnancée avec une rigueur attendue : deux pilastres, sobres, supportent un fronton triangulaire surmontant un attique, conférant à l'ensemble une dignité antique. La dialectique du plein et du vide s'y exprime avec une certaine retenue. Les arcades aveugles, flanquées de clefs saillantes qui s'étirent et pendent, introduisent un léger maniérisme baroque. Elles sont percées d'oculi sur les faces est et ouest, tandis que les côtés nord et sud s'ouvrent sur des niches concaves, voûtées en coquille, un motif délicat qui rompt la sévérité géométrique sans pour autant verser dans l'exubérance rocaille. L'eau, jadis précieuse, s'écoulait alors de mascarons métalliques à figure humaine, qui, dans leur figuration, apportaient une touche d'expressivité au discours formel. Ces détails, ces mascarons grimaciers ou placides, sont les seuls véritables ornements, loin de la profusion décorative des grandes fontaines versaillaises. Ce monument, inscrit aux Monuments Historiques en 1962, n'a jamais cherché la splendeur. Sa beauté réside dans sa discrétion, son efficacité et cette capacité à marier l'utilitaire au décoratif sans ostentation. Il demeure un témoignage éloquent d'une période où l'architecture urbaine commençait à structurer la ville de manière plus rationnelle, offrant à ses habitants des services essentiels avec un sens de la mesure et une élégance qui, sans être révolutionnaires, n'en restent pas moins dignes d'intérêt. C'est une œuvre modeste, certes, mais dont la pérennité et le raffinement contenu parlent d'une époque qui savait accorder une certaine noblesse même aux ouvrages de simple nécessité.