5 rue de Montmorency, Paris 3e
L'Hôtel Thiroux de Lailly, curieusement désigné parfois « Hôtel de Montmorency » – une réminiscence de lignage plus ancien qui s'accroche à l'adresse du 5, rue de Montmorency, dans le Marais – s'érige comme un spécimen assez typique de l'hôtel particulier parisien du XVIIIe siècle. Édifié entre 1739 et 1741 pour un fermier des Postes, Jean-Louis Thiroux de Lailly, par l'architecte Michel Tannevot et le maître-maçon Jean-Pierre Langiboust, l'édifice s'inscrit dans cette période charnière où l'opulence baroque s'estompe, cédant le pas aux grâces plus intimes du rocaille, avant que le néoclassicisme n'impose sa rigueur. Tannevot, élève de Boffrand, ne pouvait qu'apporter une certaine ordonnance classique à la structure, tempérée par les exigences du goût de l'époque. L'article évoque une inscription aux monuments historiques ciblant la cour, les façades et les premières volées d'escalier, ce qui est éloquent. C'est en effet dans la disposition de la cour d'honneur, dans la sobriété mesurée de la façade sur rue contrastant avec l'ouverture plus articulée de la façade sur cour, que se lit l'art de vivre d'alors. La dialectique entre le plein et le vide, l'apparat public et l'intimité domestique, y est savamment orchestrée. Quant aux intérieurs, leur décor, notamment les boiseries et une fontaine sculptée, fut confié à Nicolas Pineau, figure emblématique de l'ornement rococo. Son style, caractérisé par une asymétrie délicate et un jeu de courbes et contre-courbes végétales, offrait un contraste saisissant avec la relative austérité des façades. Il est d'ailleurs significatif qu'une partie de ces boiseries ait été démantelée et remontée à Waddesdon Manor, propriété de la famille Rothschild en Grande-Bretagne. Cet exil muséographique, pour le moins, atteste de la valeur artistique de l'œuvre de Pineau, mais souligne aussi la regrettable désarticulation d'un ensemble cohérent, au gré des vicissitudes du marché de l'art. La mention d'une fontaine néoclassique dans le jardin suggère, quant à elle, soit un ajout postérieur témoignant du glissement des modes, soit une anticipation précoce de ce retour à l'antique qui allait marquer la fin du siècle. Avec ses 2 053 mètres carrés, ce vaste hôtel, un temps dévolu aux services des finances publiques, se prépare à une nouvelle mutation avec sa mise en vente prochaine. Il demeure un témoin discret, mais éloquent, d'une certaine grandeur parisienne, illustrant la fortune et le goût d'une bourgeoisie d'État désireuse d'afficher sa réussite, tout en se drapant parfois dans les apparats d'une noblesse passée.