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Hôtel Véron

Hôtel Véron

16, 18 rue d'Auteuil, Paris 16e

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel de Véron, affublé au fil des siècles d'une myriade d'appellations – de château d'Auteuil à hôtel Puscher –, incarne avec une certaine indolence l'évolution et les compromis de l'habitat parisien. Son histoire, qui remonte aux prémices du XVIIe siècle sous la modeste désignation de « clos du Buc », témoigne d'une succession de propriétaires, chacun y apposant sa marque ou, plus souvent, celle de son époque. C'est véritablement dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, sous l'impulsion de Louis-Henri Véron, bourgeois parisien promu secrétaire du roi, que l'édifice acquiert sa physionomie néoclassique. Les dates fluctuantes de sa construction, entre 1756 et 1770, illustrent la relativité de la chronologie historique face à la pérennité de la pierre. Antoine Chardon, fermier général averti, le rachète en 1777, laissant ses initiales entrelacées sur l'attique côté jardin, une assertion de propriété somme toute convenue pour l'époque. Cette façade, ainsi décrite avec ses quatre hauts pilastres cannelés d'ordre colossal et ses guirlandes sous les balcons, déploie une rhétorique architecturale classique, une élégance de façade qui ne trahit rien de l'intrigue qui se joue parfois derrière. Étonnamment épargnée par les fureurs révolutionnaires, la demeure connaît un nouvel âge d'or mondain sous le Directoire et le Consulat, lorsque Pierre Pérignon y établit son salon. Les gravures de Berthault et les paysages antiquisants d'Hubert Robert, aujourd'hui conservés au musée des Arts décoratifs, évoquent une atmosphère de raffinement éphémère, cadre de réceptions où se côtoyait la société hétéroclite du nouveau régime. C'est d'ailleurs entre ces murs que grandit la jeune Caroline Dufaÿs, destinée à devenir la mère d'un certain Charles Baudelaire, conférant au lieu une discrète mais indéniable résonance littéraire avant l'heure. Le XIXe siècle voit le domaine, autrefois vaste et pourvu de potagers, serres et pièces d'eau, subir les inévitables amputations de l'urbanisation. Les marquis de Casa-Riera, ultimes propriétaires privés, orchestreront son démembrement par la création de nouvelles voies. Plus singulière encore est la présence, côté rue d'Auteuil, d'une façade Louis XV, rapportée pierre par pierre de la région de Nancy. Un geste architectural audacieux, où le pastiche et la réminiscence se substituent à l'unité stylistique, témoignant d'une volonté d'ornementation historique sans complexe, voire d'une collection de fragments plus que d'une conception organique. Le XXe siècle n'épargnera pas le site, amputé à nouveau pour laisser place à des constructions voisines, la pelouse originelle cédant sa place au goudron. Un projet de démolition partielle, au début des années 1970, aurait pu altérer irrémédiablement sa physionomie, mais fut heureusement avorté, permettant son inscription partielle aux monuments historiques en 1980. L'Hôtel de Véron, désormais transformé en école et centre paroissial, conserve une présence discrète dans le tissu urbain d'Auteuil. Il offre ainsi un exemple probant de la capacité d'un édifice à traverser les époques, non sans mutations et adaptations, son histoire se lisant moins comme celle d'une perfection architecturale que comme un palimpseste des modes, des fortunes et des destins.