11, 13 rue de Châteauneuf Rue du Change, Tours
L'hôtel Berthelot, ultérieurement connu sous le nom de Jean Briçonnet, à Tours, offre un cas d'étude symptomatique de la destinée des résidences urbaines d'importance. Sa simple inscription au titre des monuments historiques depuis 1928 atteste moins d'une préservation intégrale que d'une reconnaissance tardive d'un patrimoine déjà largement altéré. Sis aux intersections de la rue de Châteauneuf et de la rue du Change, son emplacement originel dénote une implantation stratégique au cœur médiéval de la cité, là où pouvoir économique et influence sociale se manifestaient par la pierre. Initialement érigé au XVe siècle pour la famille Berthelot, cet édifice vit son identité se complexifier au gré des mariages et des successions. C’est par l'union de Jean Briçonnet avec Jeanne Berthelot que la demeure changea de nom et, plus significativement, subit des transformations architecturales. Jean Briçonnet, figure notable de son temps, financier avisé et homme politique influent, ne se contenta pas d'hériter; il engagea des remaniements substantiels de ce corps de logis. On discerne encore aujourd'hui, dans la partie septentrionale, les armoiries qui témoignent de son passage et de l'ambition d'un homme soucieux de marquer son rang, sans doute avant sa disparition en 1493. Ces modifications du XVe siècle s'inscrivent dans une période de transition architecturale, où les dernières flamboyances gothiques commençaient à côtoyer les premières influences renaissantes, souvent subtilement intégrées aux structures existantes plutôt que par rupture franche. Par la suite, le XVIIe siècle apporta son propre lot de transformations, signe que l'hôtel continuait d'être un lieu de vie et non un simple reliquat historique, s'adaptant aux nouvelles exigences de confort et d'esthétique classique, que ce soit par l'ouverture de fenêtres plus régulières ou la refonte de certains aménagements intérieurs. Le destin de l'hôtel connut toutefois un coup d'arrêt brutal vers 1885. L'urbanisme du XIXe siècle, souvent plus préoccupé par l'alignement rectiligne et la fluidité de la circulation que par la préservation des tissus anciens, décida de son amputation. Le percement et l'élargissement de la rue Châteauneuf entraînèrent la destruction d'une partie substantielle de l'édifice, le laissant littéralement coupé en deux. Ce qui subsiste aujourd'hui n'est donc qu'une fraction de sa splendeur passée, un témoignage fragmentaire des multiples strates historiques qui se sont déposées et superposées, puis arrachées. C'est le sort commun de tant de demeures anciennes, sacrifiées sur l'autel d'une modernité impitoyable. Il reste un vestige, dont la contemplation invite à imaginer l'ensemble qu'il fut, et à méditer sur la fragilité des architectures face aux impératifs successifs.