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Église Saint-Étienne

Église Saint-Étienne

5, Place de l'Église, Issy-les-Moulineaux

L'Envolée de l'Architecte

L'Église Saint-Étienne, bien avant que la modernité ne redessine les contours d'Issy-les-Moulineaux, s'érige en un véritable palimpseste architectural. Ses fondations s'enfoncent dans le temps long, révélant sous le presbytère des salles voûtées qui remontent au VIIe siècle, témoins silencieux d'une occupation liturgique immémorielle. C'est sur ce substrat séculaire qu'une première église, attestée dès 1084 et dont subsiste l'intriguant tympan roman du bas-côté nord, a sans doute prospéré, avant d'être remplacée en 1336. De cette seconde mouture ne nous parvient qu'un détail sonore, la cloche « Marie », fondue en 1618, dont la pérennité est une discrète leçon d'histoire matérielle. L'édifice actuel, quant à lui, fut consacré en 1645. Curieuse démarche pour le Grand Siècle, son architecture adopte une volumétrie basilicale d'une certaine robustesse, marquée par des contreforts appuyés et un haut clocher. Le parti pris, revêtu de pierres de taille, affiche un apparat mesuré. Ce qui retient l'attention, c'est cette persistance de formes en plein-cintre pour les fenêtres et les grandes arcades intérieures, une réminiscence stylistique qui, pour une construction de cette époque, tient presque du pastiche involontaire. On y décèle l'écho d'une tradition romane, certes, mais aussi peut-être le reflet d'un budget circonscrit ou d'un goût local encore éloigné des audaces baroques qui fleurissaient alors à quelques lieues de là. La tradition, toujours prompte à embellir le passé, veut que les vantaux du portail principal aient été offerts par un jeune Louis XIV et sa mère Anne d'Autriche, un geste de piété royale, sans doute, pour un lieu de culte encore ancré dans un bourg de campagne. Les affres de l'histoire n'épargnèrent pas l'édifice. Les bombardements de la Commune, en 1871, le réduisirent à un état de délabrement notable, touchant orgue, vitraux, toiture et maçonnerie. La rapidité avec laquelle l'église fut rendue au culte dès le 9 mai 1872, en présence du Maréchal Patrice de Mac Mahon, futur président, illustre le pragmatisme et la volonté de restauration de l'ordre, tant spirituel que républicain, après les tumultes. Cette célérité de la reconstruction témoigne de l'importance symbolique du lieu pour la communauté d'Issy. L'intérieur, sobrement éclairé, est une collection d'artefacts d'époques diverses, une véritable sédimentation. Le retable du chœur, entouré de boiseries ornées de statues des XVIIIe et XIXe siècles, dont celles de Saint Étienne et Saint Vincent, côtoie deux bénitiers Renaissance et une cuve baptismale Louis XIV, récupérée du château des Conti. Cette juxtaposition d'éléments hétérogènes confère au lieu un charme certain, celui d'une histoire vécue plutôt que d'un manifeste stylistique unifié. Plus récemment, en 2014, Jean-François Ferraton a apporté sa contribution au mobilier liturgique, assurant ainsi une continuité de l'expression artistique. L'existence d'un souterrain de 163 mètres sous l'église ajoute une note énigmatique, suggérant des usages passés qui échappent à la simple fonction cultuelle. Restaurée entre 2006 et 2007, l'Église Saint-Étienne n'est pas un monument d'une audace architecturale retentissante, mais plutôt une incarnation de la persévérance. Inscrite aux Monuments Historiques depuis 1929, elle demeure un témoignage précieux de l'évolution d'une paroisse et d'un territoire, une sorte de reliquaire de pierre où le passé se lit à travers les strates successives de sa construction et de sa restauration, offrant à l'observateur attentif une méditation sur la permanence du sacré et la fragilité des formes.