27 rue Esquermoise, Lille
La continuité d'un établissement mercantile à travers les siècles est, en soi, un fait notable. La Maison Méert, sise au 27 de la rue Esquermoise, s'inscrit dans cette lignée, son origine remontant à 1761. Toutefois, l'architecture que l'on contemple aujourd'hui ne date pas de ces premières décennies. Il s'agit plutôt d'une parure du XIXe siècle, élaborée avec une volonté d'éclat sous la direction de l'architecte Charles Benvignat en 1839. Le résultat est une composition singulière, où l'on discerne les aspirations d'une bourgeoisie lilloise soucieuse de démontrer sa prospérité. La devanture, classée, présente un style que l'on qualifie de flamboyant, teinté d'accents orientalistes, une mode alors en vogue pour évoquer l'exotisme et la rareté. L'ornementation est foisonnante : dorures, plafonds à caissons à l'intérieur, un balcon en fer forgé affichant le chiffre de l'ancien propriétaire, Rollez. Les matériaux choisis – bois précieux, cuivres, miroirs habilement agencés, marbre turquoise veiné – concourent à créer une atmosphère de luxe assumé. Ce n'est pas l'austérité du néoclassicisme, mais une richesse démonstrative qui est ici recherchée. Le portail d'entrée, plus tardif, daté de 1859, introduit un registre maniériste avec ses figures mythologiques, sirènes, masques et guirlandes, conférant à cet accès une monumentalité singulière. Cet ajout révèle une stratification des styles, une manière pour le bâtiment d'absorber et de superposer les modes au fil du temps. L'ensemble de l'édifice se distingue par son asymétrie, s'élevant sur trois niveaux coiffés d'un comble percé de lucarnes à chien-assis. Les étages supérieurs, moins exubérants, affichent de hautes fenêtres aux huisseries ouvragées, contrastant avec l'opulence du rez-de-chaussée commercial. L'intérieur est habilement divisé pour orchestrer l'expérience du visiteur. Deux zones de vente distinctes gèrent les flux, l'une pour les spécialités emblématiques comme les gaufres à la vanille de Madagascar, l'autre pour les pâtisseries plus élaborées. À l'arrière, se déploient un salon de thé puis un restaurant gastronomique, où la cour intérieure, révélée par une verrière escamotable, offre une respiration inattendue en saison. Cette organisation spatiale témoigne d'une adaptation constante aux usages et aux attentes d'une clientèle recherchant autant le produit d'exception que l'expérience du lieu. La Maison Méert a su maintenir sa réputation à travers les époques, accueillant dans ses murs des figures aussi diverses que Buffalo Bill, Napoléon, Winston Churchill, ou plus récemment Charles de Gaulle, dont on raconte qu'il se faisait livrer ses gaufres à l'Élysée. En 1864, elle fut même honorée du titre de fournisseur officiel du roi Léopold Ier des Belges. Ces anecdotes, au-delà de leur pittoresque, soulignent la pérennité d'un savoir-faire et d'une institution qui a su conjuguer tradition et raffinement, devenant une véritable icône lilloise. Son classement au titre des monuments historiques depuis 1980 n'est, à cet égard, qu'une juste reconnaissance de sa valeur patrimoniale et de son ancrage dans l'histoire urbaine.