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Abbaye de Penthemont

Abbaye de Penthemont

37-39 rue de Bellechasse 104-106 rue de Grenelle, Paris 7e

L'Envolée de l'Architecte

L'abbaye de Penthemont, sise en ce quartier parisien où l'histoire se niche souvent sous des apparences plus prosaïques, offre un cas d'étude exemplaire de l'architecture conventuelle confrontée aux vicissitudes du temps et aux impératifs successifs des pouvoirs. Ce qui fut un monastère cistercien, né au XIIIe siècle près de Beauvais avant de migrer à Paris au XVIIe par une sorte de pragmatisme institutionnel, devint un établissement pour jeunes filles de bonne famille, un lieu où les « grilles peu dissuasives » permettaient de concilier la vie spirituelle avec les mondanités. On y croisa, anecdotiquement, une future Impératrice Joséphine en quête de séparation, ou la jeune Louise d'Esparbès de Lussan, placée ici par une famille soucieuse de la tempérer avant qu'elle ne devienne la maîtresse du comte d'Artois. C'est au XVIIIe siècle que le complexe conventuel acquiert sa physionomie actuelle, sous l'impulsion de l'abbesse Marie-Catherine de Béthizy de Mézières, face à la vétusté des bâtiments augustins hérités. Pierre Contant d'Ivry, figure de l'architecture classique, fut chargé de cette reconstruction ambitieuse dès 1747. Les fonds, comme souvent en ces époques de magnificence contrainte, furent insuffisants, obligeant à une exécution « moins somptueuse » que le projet initialement publié par l'architecte. Cette divergence entre l'idéal et la réalité financière est un trait constant de l'histoire de l'architecture. La construction, étalée sur plusieurs décennies, ne fut achevée qu'à l'aube de la Révolution, et le bâtiment abbatial s'ordonne alors autour d'une cour discrète, dérobée à la rue de Bellechasse, tandis que la chapelle, plus ostensible, s'ouvre sur la rue de Grenelle. La chapelle, dont la première pierre fut posée par le Dauphin en 1753, constitue la pièce maîtresse architecturale. Elle présente un plan centré pour sa nef, coiffé d'une coupole, un parti pris élégant qui rompt avec la linéarité traditionnelle. Contant d'Ivry y introduisit la technique de la voûte sarrazine, témoignant d'une ingéniosité structurelle peu commune dans le nord de la France à l'époque, conférant à l'ensemble une légèreté et une portée remarquables. Le chœur des religieuses, de plan allongé, prolongeait l'espace, culminant vers une tour discrètement destinée à un clocher. La Révolution balaya la vocation monastique, transformant l'abbaye en bien national. Le Premier Consul Bonaparte, dans un geste de redistribution pragmatique des biens ecclésiastiques, attribua en 1802 la chapelle au Consistoire réformé de Paris. Cependant, ce fut une affectation éphémère car, dès 1803, le couvent tout entier devint la caserne de Penthemont. La chapelle fut alors dénaturée, entresolée, réduite à la fonction d'entrepôt, ignorant les protestations des consistoriaux. Cette profanation temporaire illustre la brutalité des reconversions post-révolutionnaires. C'est seulement en 1843 que la chapelle retrouva une dignité cultuelle, sous l'égide du protestantisme réformé. Victor Baltard, architecte familier des édifices parisiens, fut chargé de son adaptation. Son intervention fut significative : le grand portail sur la rue de Grenelle fut condamné pour laisser place au buffet d'orgue, tandis que les fenêtres latérales devenaient des accès. Plus fondamentalement, il supprima l'autel majeur et l'arc de triomphe qui le précédait, ainsi que les autels secondaires, pour répondre aux exigences d'une liturgie réformée centrée sur la Parole et la musique. L'orgue, chef-d'œuvre d'Aristide Cavaillé-Coll, installé en 1847, devint alors l'un des piliers sonores de l'édifice, signant cette transformation radicale. Les bâtiments abbatiaux, quant à eux, demeurèrent longtemps affectés à des usages militaires et administratifs, de la garde impériale aux ministères, subissant au fil des décennies des aménagements qui firent disparaître la quasi-totalité de leurs dispositions intérieures originelles. Seuls subsistent quelques vestiges, le vestibule ou l'avant-corps sur le jardin, comme des cicatrices d'une mémoire difficile à exhumer. La récente acquisition par une maison de couture de luxe et sa transformation en siège social parachèvent ce cycle de réappropriations, faisant de Penthemont un palimpseste architectural, où chaque époque a réécrit son histoire sur les traces de la précédente, laissant un bâtiment d'une grande sobriété classique, mais dont la vie intérieure fut constamment remodelée, souvent avec une forme de discrétion forcée.