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Maison au 40, rue du Bain-aux-Plantes

Maison au 40, rue du Bain-aux-Plantes

40, rue du Bain-aux-Plantes, Strasbourg

L'Envolée de l'Architecte

Au cœur du quartier de la Petite France à Strasbourg, où les eaux de l'Ill sculptent inlassablement le paysage urbain, se dresse, avec une certaine dignité, la demeure sise au 40, rue du Bain-aux-Plantes. Érigée en 1566, cette construction fut l'œuvre d'un certain Michel Wittich, tanneur prospère, signe de l'opulence que l'activité artisanale pouvait alors conférer. Elle s'inscrit pleinement dans le tissu dense de cet ancien faubourg où tanneurs, meuniers et pêcheurs tiraient leur subsistance des forces hydrauliques locales. Ce quartier, aujourd'hui patrimonialisé à l'extrême, conserve l'écho d'une époque où l'utilitaire primait, bien que l'on s'attachât déjà à une forme d'ornementation. La maison, caractéristique de la fin du Moyen Âge et des prémices de la Renaissance rhénane, déploie ses quatre niveaux avec une logique structurelle évidente. Son premier étage, en encorbellement, marque une recherche d'optimisation de l'espace au sol tout en conférant un certain statut. L'oriel, élément saillant sur la façade, n'est pas qu'une simple commodité ; il capte la lumière et étend visuellement l'intérieur vers l'extérieur, offrant un point d'observation privilégié sur le canal. Les fenêtres à croisée, scandées par des meneaux et parfois agrémentées de vitraux, témoignent d'une sophistication certaine dans l'art de la menuiserie de l'époque. La charpente, visible en colombages, n'est pas qu'un simple support structurel ; ses poutres, richement sculptées, offrent un répertoire décoratif propre à la Renaissance strasbourgeoise, loin de la rusticité que l'on pourrait parfois prêter à ce type de construction. La date 1566, gravée sur le poteau cornier, est un repère temporel précis, tandis que l'inscription A N 1742 sur le linteau côté canal indique des interventions ultérieures, des aménagements sans doute dictés par les évolutions d'usage ou des nécessités structurelles, un témoignage de la vie continue du bâtiment. L'articulation entre le plein des murs porteurs et le vide des ouvertures est ici classique, le tout coiffé d'un toit en tuiles alsaciennes à forte pente, adapté aux rigueurs climatiques. Le destin de cette demeure prit une tournure plus contemporaine lorsqu'elle fut acquise, de 1965 à 1995, par la Fondation Johann Wolfgang von Goethe. Fondée par l'entrepreneur Alfred Toepfer, cette institution entreprit une restauration complète, offrant un cadre de vie manifestement aisé à des étudiants. L'ironie n'est pas mince : le grand Goethe lui-même, lors de ses études de droit à Strasbourg entre 1769 et 1771, ne connut pas un tel luxe, mais plutôt les charmes d'une idylle plus simple avec Frédérique Brion, loin des préoccupations académiques et plus proche des émotions. Que ce lieu, emblématique de l'Alsace d'antan, ait servi de résidence estudiantine de prestige, puis ait été reconverti en logements privés, montre sa capacité à traverser les époques, s'adaptant aux impératifs successifs, du commerce artisanal à la philanthropie culturelle, avant de retourner à une fonction résidentielle plus banale. Aujourd'hui, cette maison, classée monument historique depuis 1927, n'est qu'un élément, certes remarquable, de ce qui est devenu un décor touristique mondialement reconnu. Elle contribue à l'image d'Épinal d'une Alsace pittoresque, où le passé est soigneusement préservé, parfois aseptisé, pour le regard contemporain. Sa présence rappelle la richesse d'un patrimoine bâti qui a su résister aux assauts du temps et aux caprices des modes, conservant, derrière ses façades à colombages, une part de l'histoire vivante de Strasbourg.