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Hôtel Mellient

Hôtel Mellient

7 rue Tournefort Cours Saint-André, Nantes

L'Envolée de l'Architecte

L'hôtel Mellient, édifié au XVIIIe siècle au cœur de Nantes, se manifeste comme un de ces édifices d'apparat dont la discrétion urbaine n'altère en rien l'évocation d'un mode de vie révolu. Son inscription aux monuments historiques dès 1954 a heureusement cristallisé une reconnaissance tardive pour cette architecture classique. Cet hôtel particulier, sans être d'une flamboyance exceptionnelle, présente les caractéristiques d'une élégance mesurée, typique du siècle des Lumières en province, où l'ordonnancement des façades, la régularité des percements et la sobriété des modénatures priment sur l'exubérance. Les façades donnant sur le cours Saint André, mentionnées spécifiquement, suggèrent une monumentalité et une aspiration au prestige qui contrastent peut-être avec une certaine retenue des autres élévations, propres à ces demeures urbaines. Son destin fut marqué par une mutation fonctionnelle des plus classiques : l'ingestion progressive par les nécessités administratives. Au tournant des XXe et XXIe siècles, il fut, avec l'hôtel Urvoy de Saint-Bedan son voisin, la cible des appétits d'extension du Conseil départemental de la Loire-Atlantique. Il est intéressant de noter que les premières esquisses pour le futur Hôtel du Département, dans les années soixante-dix, envisagèrent purement et simplement la destruction de ces ensembles, à l'exception notable des façades déjà protégées. Une option d'une brutalité pragmatique, somme toute assez commune à l'époque. Fort heureusement, la prudence finit par l'emporter, du moins en partie. En 1982, Paul Ferré, l'architecte du Département, fit le choix, louable mais non sans compromis, de préserver certaines structures intérieures. Ce fut là un arbitrage qui soulignait l'intérêt intrinsèque des décors des pièces – sans doute des boiseries, des stucs ou des cheminées ouvragées – qui furent jugés dignes de conservation, conférant ainsi une âme partielle à ce qui aurait pu n'être qu'un pur volume fonctionnel. L'hôtel Mellient n'est donc pas une capsule temporelle intacte, mais plutôt le résultat d'un dialogue forcé entre la mémoire architecturale et la contrainte contemporaine, offrant une solution hybride, pragématique, où le passé est intégré plutôt que vénéré dans son entièreté. Il témoigne ainsi, avec une certaine dignité, des délicats équilibres entre préservation et adaptation qu'impose l'urbanisme moderne à nos héritages du XVIIIe siècle.