16 rue de la Faisanderie, Paris 16e
L'hôtel Seton-Porter, sis au 16 de la rue de la Faisanderie, ne fut sans doute pas édifié avec l'intention de devenir le sanctuaire de l'inauthenticité. Ce monument, inscrit au titre des monuments historiques depuis 1976, offre le spectacle singulier d'un hôtel particulier parisien du XVIe arrondissement, typiquement dévolu à l'expression d'une réussite sociale et à la discrétion d'une opulence bourgeoise, reconverti en musée de la contrefaçon. Son architecture, si elle n'est pas détaillée par les annales, relève probablement de cette facture solide et sans ostentation superflue, caractéristique des résidences privées de l'ouest parisien de la fin du XIXe ou du début du XXe siècle. Un ordonnancement classique, une cour intérieure – lieu d'une célèbrissime pirouette cinématographique – et des façades de pierre de taille confèrent à l'ensemble une dignité certaine, propre à cette typologie d'édifices dont l'élégance réside souvent davantage dans la proportion que dans l'invention stylistique audacieuse. La dialectique entre le plein des murs et le vide de la cour, si commune à ces demeures, sert ici d'écrin à une tout autre contemplation. Fondé en 1951 par l'Union des fabricants (Unifab), le lieu s'est donné pour mission didactique de déjouer les illusions, exposant un éventail parfois déconcertant de produits, depuis les antiques bouchons d'amphores gallo-romaines – premier avatar recensé de la duplicité commerciale – jusqu'aux contrefaçons contemporaines de parfums, montres, logiciels ou pièces automobiles. C'est un défilé quasi-muséographique de la tromperie, où l'on est invité à l'exercice pernicieux de la distinction entre l'authentique et son double fallacieux. Le paradoxe est savoureux : ce musée de l'intégrité intellectuelle se constitue principalement de prises douanières, puisque l'acquisition de ces simulacres est, même pour lui, prohibée, une contrainte qui souligne l'ampleur du dilemme éthique de la contrefaçon. L'édifice, par la singularité de son destin, n'a pas manqué d'attirer l'attention des arts. Sa cour, par exemple, fut le théâtre d'une scène mémorable de « La Grande Vadrouille », où Bourvil, depuis une nacelle improbable, y déversait un pot de peinture sur un officier allemand. Une intrusion burlesque dans la solennité relative des lieux, prouvant que même la plus respectable des architectures peut servir de toile de fond à la franche comédie. Plus récemment, ses murs ont servi de cadre à des scènes de la série « Le Bureau des légendes », conférant une patine contemporaine à son histoire. MC Solaar, dans une veine plus acerbe, y envoyait ses imitateurs envieux, consacrant ainsi l'adresse comme le nec plus ultra de la réplique infructueuse. Ces appropriations, qu'elles soient comiques, dramatiques ou ironiques, témoignent de la capacité de l'hôtel Seton-Porter à transcender sa première vocation résidentielle pour devenir, par le truchement de l'Unifab, puis par celui des imaginaires collectifs, un symbole de la confrontation entre l'original et son ombre, entre le bien et sa pâle imitation.