22 bis rue Thuret, L'Haÿ-les-Roses
Si l'on évoque volontiers les manifestations ostentatoires du pouvoir royal, l'infrastructure, elle, œuvre souvent dans l'ombre, discrète et pourtant essentielle. L'aqueduc Médicis en est un exemple éloquent, monument souterrain qui, après quatre siècles, continue de livrer un service, certes altéré, à la capitale. Sa genèse, sous l'impulsion de Marie de Médicis, répondait moins à une vision altruiste qu'à un impératif de prestige personnel : l'agrément du futur palais du Luxembourg et de ses jardins, alors en pleine conception. Une volonté royale qui, après les prémisses lancées par Henri IV et Sully pour l'approvisionnement de la Rive Gauche, a permis l'adjudication de l'ouvrage à Jean Coingt en 1612, puis à son gendre Jean Gobelain. Le jeune Louis XIII posa la première pierre en 1613, inaugurant une entreprise d'une ingéniosité fonctionnelle remarquable. L'aqueduc, mis en service en 1623, fut conçu pour capter les eaux des sources de Rungis et des coteaux environnants, les acheminant sur une distance de près de treize kilomètres jusqu'au château d'eau de l'Observatoire, dit Maison du Fontainier. La quasi-totalité de son tracé se déploie en hypogée, une galerie de 1 mètre de large sur 1,75 mètre de hauteur, voûtée en plein cintre, édifiée en moellons de meulière et caillasse, chaînée de pierres de taille. L'eau s'y écoule initialement par simple gravité, le long d'une cunette de section carrée, témoin d'une maîtrise hydraulique qui perdura avant l'introduction ultérieure de conduites en fonte. Cette modestie structurelle contraste avec la seule émergence visible d'importance : le pont-aqueduc d'Arcueil-Cachan. Cet ouvrage de Thomas Francine et Louis Métezeau, d'une longueur de 379 mètres et d'une hauteur maximale de près de 19 mètres, franchit la vallée de la Bièvre avec une élégance sobre. Ses dix-huit travées, dont neuf percées d'arcades en plein cintre, constituent un jalon architectural qui succède, et sera plus tard enjambé par l'aqueduc de la Vanne, sur un site antique déjà emprunté par l'aqueduc de Lutèce. Une persistance des tracés, somme toute, symptomatique des contraintes topographiques. Au-delà de cette démonstration technique, les regards jalonnent le parcours, édicules d'accès et de décantation, dont certains arborent une ambition formelle. Le regard numéro 25, intégré à l'enceinte de l'hôpital La Rochefoucauld, s'inspire curieusement du mausolée de Cyrus à Pasargades, une référence inattendue pour une structure utilitaire. C'est à la Maison du Fontainier, place de l'Observatoire, que le débit, estimé à 1 280 m³ par jour à sa mise en service, était jadis distribué. Il est notable que sur ce total, une part substantielle, dix-huit pouces d'eau, était dévolue au Palais du Luxembourg et ses fontaines, quand seulement douze pouces étaient alloués aux besoins populaires par l'intermédiaire de quatorze fontaines publiques. Une répartition qui illustre avec pragmatisme les priorités de l'époque, privilégiant le faste princier à l'hygiène publique de masse. Si jadis les eaux de Rungis furent louées pour leur limpidité, l'urbanisation galopante du XXe siècle, avec ses infrastructures (MIN, aéroport), a irrémédiablement compromis leur potabilité, les reléguant à des usages non domestiques. L'aqueduc Médicis demeure ainsi un artefact d'une fonction essentielle, une cicatrice discrète dans le sous-sol parisien, rappelant une époque où l'eau courante était un privilège, même quand elle n'était pas un fleuve.