1, rue Constant-Pilate, Sceaux
L'édifice du lycée Marie-Curie, érigé entre 1932 et 1936 par Émile Brunet, architecte en chef des Monuments historiques et ancien élève d'Anatole de Baudot, offre un témoignage architectural significatif de la période Art Déco. Loin des sinuosités organiques et de l'exubérance florale de l'Art Nouveau, Brunet privilégie ici une géométrisation des formes, une épure des lignes, dans une réaction stylistique caractéristique de l'époque. La vaste structure de béton armé, socle discret et efficace, se trouve habillée d'un parement de briques ocres à l'extérieur, conférant à la façade une certaine gravité, tandis que des briques blanches illuminent l'intérieur, instaurant un dialogue subtil entre contenance et ouverture. Cette dualité matérialise l'intention de l'architecte de conférer à un lieu d'enseignement une dignité et une clarté intrinsèques. La collaboration avec une pléiade d'artisans d'art, figures emblématiques d'un Art Déco soucieux d'une ornementation maîtrisée et fonctionnelle, est palpable. Auguste Labouret signe les mosaïques du grand hall, dont les scènes de jeunes filles en plein air célèbrent avec une innocence étudiée les activités intellectuelles et physiques. Raymond Subes, le maître ferronnier, contribue à la porte monumentale, où les pavés de verre gravés au burin par Labouret symbolisent les disciplines dispensées. Albert Chartier, quant à lui, sculpte le fronton en bas-relief, allégorie des Sciences et des Lettres, ainsi que le buste de Marie Curie qui, après un passage au parloir, trône désormais dans le vestibule, figure tutélaire de ce lieu dédié à l'émancipation féminine par le savoir. Les vitraux attribués à Louis Barillet parachèvent cette composition où l'art décoratif n'est pas accessoire, mais intégré à la structure même du bâtiment. Destiné initialement à pallier le déficit d'enseignement secondaire pour jeunes filles à Sceaux, l'établissement est inauguré en 1937 en présence de personnalités éminentes telles que Jean Zay, alors ministre de l'Éducation, et Irène Joliot-Curie, fille de la pionnière dont le nom s'imposa. Cette appellation, ancrée dans la mémoire locale par le mariage et la résidence des Curie à Sceaux, se voulait un modèle d'engagement pour une éducation jusqu'alors majoritairement masculine. Ce que l'on qualifiait alors de « palais scolaire » connut pourtant un destin plus rude, se transformant durant la Seconde Guerre mondiale en détachement de l'état-major de la Luftwaffe. L'anecdote du général allemand jetant par les fenêtres le mobilier jugé « inadapté » résonne comme une brutale rupture avec la vocation première du lieu, tandis que des batteries anti-aériennes prenaient place sur les terrasses et que les abris de la Défense passive servaient l'occupant. Une ironie du sort pour des infrastructures pensées pour protéger les élèves. Après le conflit, l'établissement, rouvert malgré des coûts de remise en état substantiels, connut une croissance démographique qui entraîna l'évolution de sa structure, de lycée de jeunes filles à cité scolaire mixte dans les années 1970. C'est à cette période que le port de la blouse, jadis obligatoire et décliné en bise ou bleue selon la semaine, fut définitivement abandonné, marquant une autre forme d'émancipation. L'inscription de ses bâtiments à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques en 2001 vient clore, ou plutôt consacrer, le parcours singulier de cette architecture qui, de « palais » scolaire à quartier général militaire, puis à cité mixte moderne, a su traverser les époques avec une certaine dignité, témoignant de l'évolution des pratiques pédagogiques et des soubresauts de l'histoire.